Ourse Ardente: fin de l’extrait

Mon recueil d’histoires courtes, Ourse Ardente et 15 autres histoires, est maintenant disponible en format numérique!

Vous pouvez pour le moment le trouver sur Amazon et sur Smashwords, mais il sera bientôt disponible chez plusieurs autres détaillants en ligne… Le plus beau là-dedans, c’est qu’il ne coûte qu’environ 1$!

Merci à tous ceux qui ont pris la peine de m’encourager en achetant mon recueil… c’est-à-dire, une seule personne jusqu’à maintenant.

Si vous avez lu la première partie de l’histoire Ourse Ardente, que vous pouvez relire en cliquant ici, voici la deuxième partie:

Au début, plusieurs des membres du groupe ne la prenaient pas au sérieux. Elle, la grand-mère que les enfants du village adoraient, elle parlait fougueusement d’envahisseurs, de combat, de défense, de liberté? Bientôt, cependant, elle sut gagner le respect de tous. Plus que tout, à leurs yeux, Ourse Ardente symbolisait l’espoir.

Puisque pas l’ombre d’un soldat ne s’était encore approchée du petit village, la Résistance de Rac se réunissait une fois par semaine uniquement dans le but de partager des informations et de discuter de l’éventualité d’une attaque. Les habitants de Rac étaient majoritairement pauvres, et peu nombreux étaient ceux qui savaient se battre, mais tous soutenaient qu’ils seraient prêts à défendre chèrement leurs terres et leurs foyers contre l’envahisseur. Les membres de la Résistance échangèrent beaucoup de paroles, mais aucun véritable plan ne fut établi. Tant que Bannes résistait à l’ennemi, les habitants de Rac, s’ils ne se sentaient pas exactement en sécurité, avaient toutefois l’impression que le danger était encore loin d’eux. Au moins, les réunions de la Résistance leur donnaient l’occasion de discuter de bravoure, plutôt que de rester muets sous l’emprise de la peur.

Le temps passa. Un soir d’hiver, alors qu’Ourse Ardente était sur le point de se mettre au lit, quelqu’un frappa à sa porte. Il s’agissait d’Adelina, sa fille aînée, qui était suivie par toute sa famille. Elle raconta à sa mère et à sa soeur que Minc était maintenant occupée par les soldats du Pays d’Obajour. Adelina et sa famille avaient réussi à fuir la ville avant le début des hostilités, mais lorsqu’ils s’arrêtèrent sur une colline enneigée afin de prendre un peu de repos, ils virent que les maisons de Minc brûlaient, et ils surent que la ville était tombée.

Les grands froids de l’hiver amenèrent le désespoir et la famine. Plus aucune nourriture n’arriva à Rac en provenance des villes et villages environnants, et les voyages vers les villes plus éloignées devinrent plus ardus, voire même impossibles. Malgré le froid et les fréquentes tempêtes, les soldats ennemis n’abandonnaient pas leurs idées de conquête.

Un jour, la nouvelle que tous redoutaient arriva aux oreilles des habitants de Rac. Bannes était tombée aux mains de l’ennemi. Les soldats du Pays d’Obajour s’étaient acharnés sur la capitale, et avaient finalement massacré la plupart des soldats et des membres de la Résistance de Bannes.

À partir de ce moment, plus aucune nouvelle ne vint de l’extérieur, et la Résistance de Rac supposa que toutes les villes de la Galetrie avaient été prises, ou étaient en train de livrer leur dernier combat. Les soldats marcheraient bientôt sur Rac, et rien ne pourrait les arrêter.

Tout le monde n’était plus nourri que par la peur et le désespoir. Les habitants de Rac savaient que personne ne viendrait à leur secours, et ils savaient également que si l’armée de Bannes avait été vaincue, ils étaient eux-mêmes condamnés à la défaite.

Enfermée dans sa chambre, Oria pleurait. Elle ignorait quel sort l’attendait. Elle ne craignait pas vraiment sa propre mort, et elle aurait préféré mourir plutôt que d’être soumise à l’esclavage. Elle pleurait pour ses enfants et ses petits-enfants. Elle pleurait pour les habitants de son village, pour ceux de son pays. Elle pleurait devant la certitude que tout ce qui l’entourait allait disparaître, détruit par une cruauté qu’elle ne comprenait pas. Elle pleurait parce qu’elle avait peur, mais aussi, parce qu’elle était en colère.

Lorsqu’elle n’eut plus la force de verser la moindre larme, ses yeux brûlants se posèrent sur la fenêtre de sa chambre. Dehors, Bo et Ysa, les deux oursons orphelins, batifolaient dans la neige, attrapaient des flocons au vol, et couraient avec insouciance. Ils s’immobilisèrent soudainement, et leurs petits yeux noirs rencontrèrent ceux d’Oria et ne s’en détachèrent plus.

Au bout d’un moment, alors que les deux oursons n’avaient pas bougé, elle se leva et sortit de sa chambre. Elle constata que tous ses enfants, à l’exception de Lazlo, bien sûr, étaient rassemblés dans sa cuisine, dans un silence triste et angoissé. Ses sept petits-enfants jouaient ensemble dans le salon, mais sans leur gaieté habituelle. Elle s’approcha de Joni et lui demanda si la réunion de la Résistance allait avoir lieu, tel que prévu. Joni répondit qu’il savait que personne ne viendrait, et qu’il n’y avait plus aucun espoir de toute façon.

La petite Bess s’approcha de sa grand-mère, qui la prit tendrement dans ses bras. Elle embrassa la joue de sa petite-fille, puis regarda ses trois enfants l’un après l’autre.

Elle dit ensuite au Chef de la Résistance qu’Ourse Ardente souhaitait parler aux habitants de Rac. Ses enfants la questionnèrent, mais elle leur expliqua qu’elle ne savait pas encore exactement ce qu’elle voulait leur dire. Ce n’était pas sa bouche qui parlerait, mais son coeur.

Sans prendre le temps de s’habiller plus chaudement, elle sortit à l’extérieur en tenant toujours Bess dans ses bras. Après un moment d’hésitation, le reste de sa famille la suivit. Ils virent que plusieurs personnes étaient déjà rassemblées au centre du village. Un jeune homme qui s’était aventuré de l’autre côté du fleuve avait rapporté qu’il avait aperçu un groupe de soldats qui provenaient de Bannes, et qui s’avançaient vers le village. Malgré la panique et l’agitation qui s’étaient emparées de tous, Ourse Ardente réussit à se faire entendre.

Elle se tenait droite et fière, serrant sa petite-fille dans ses bras. Sa famille était derrière elle. Les deux oursons arrivèrent tout à coup en trottinant, et s’assirent dans la neige à ses pieds. Et elle parla.

Elle parla brièvement de sa peine et de son incompréhension. Elle parla de sa vie, et de la vie de tous les habitants de la Galetrie, qui était si paisible avant le début de toute cette folie. Elle dit des choses qu’elle n’avait jamais su comment exprimer, et qu’elle avait l’impression de découvrir en même temps que ceux qui l’écoutaient. Elle dit qu’elle croyait que leurs véritables ennemis n’étaient pas les soldats du Pays d’Obajour et leurs dirigeants.

Leurs véritables ennemis, c’étaient la peur, le désespoir et l’inaction. C’étaient ces sentiments que le Pays d’Obajour convoitait, et non un quelconque minerai qui n’existait probablement pas. La peur et la colère les rendaient plus fort, et leur permettaient d’avancer; le courage devrait les affaiblir.

Ourse Ardente comprit soudainement ce qu’elle devait faire afin de sauver son village. Elle devait marcher, et faire face aux soldats. Elle n’arrivait pas à expliquer d’où venait cette certitude inébranlable qui grandissait en elle, mais elle demanda à ceux qui l’écoutaient de la suivre.

Certains dirent qu’elle avait perdu la tête, et retournèrent se cacher chez eux. D’autres doutaient, mais se dirent que puisque les soldats venaient déjà vers eux, ils n’avaient plus grand-chose à perdre. D’autres encore ressentaient la même détermination et la même assurance qu’ils décelaient dans les yeux et dans les paroles d’Ourse Ardente.

Elle se mit en marche, et les deux oursons trottinaient à ses côtés. Sa famille la suivait, ainsi que plusieurs habitants de Rac. Ils quittèrent le village et se dirigèrent vers le pont qui enjambait le fleuve gelé.

La lumière du jour déclina rapidement, et le vent se leva. La neige qui tombait en grappes brillantes semblait dessiner de longs filaments tourmentés dans le ciel sombre. Et les habitants de Rac marchaient. Plusieurs d’entre eux se tenaient par la main, et tous les visages n’exprimaient qu’une calme résolution. Le froid mordait leur peau, et leur cause semblait perdue, mais aucun d’eux ne pensa à rebrousser chemin. Ils suivaient Ourse Ardente, qui avait su leur redonner l’espoir qu’ils avaient perdu, et ils voulaient croire qu’ils marchaient maintenant vers leur victoire et leur liberté.

Ils franchirent le pont, et avancèrent encore un moment avant de s’arrêter. Devant eux, des silhouettes sombres commençaient à émerger lentement de la tempête. Plusieurs des soldats portaient des lanternes, et d’autres, de hautes bannières aux couleurs du Pays d’Obajour. Les habitants de Rac restèrent immobiles, et attendirent.

Un des soldats, qui ne portait ni bannière ni lanterne, fit signe au reste de la troupe de s’arrêter. Il s’approcha ensuite d’Ourse Ardente et du groupe de villageois pauvrement vêtus et non armés qui l’accompagnait.

Le regard rigide du soldat rencontra celui d’Ourse Ardente, et celle-ci, avec stupeur, reconnut son fils Lazlo. Son coeur de mère se brisa, et il s’en fallut de peu qu’elle ne tombe à genoux dans la neige.

Mais elle resta debout, et soutint le regard de son fils. Dans ses yeux, elle vit une lueur qu’elle ne reconnaissait pas.

Au bout d’un long moment, Lazlo se retourna et ordonna à ses soldats de repartir. Lorsque son fils disparut dans la tempête, Oria se mit à sangloter en silence. Ses larmes se figèrent au bout de ses cils et sur ses joues glacées. Adelina s’approcha et prit sa fille Bess dans ses bras, tandis que Joni et Tasha firent ce qu’ils pouvaient pour soutenir leur mère. Personne n’osa prononcer le moindre mot, et les habitants de Rac retournèrent lentement dans leur village.

Le lendemain, le ciel était pur, sans nuages, et le soleil était radieux. Rac était libre, et ce jour-là, ainsi qu’au cours des jours qui suivirent, des nouvelles étonnantes parvinrent aux oreilles des villageois. Les soldats du Pays d’Obajour avaient quitté Bannes, et quittèrent également tous les villes et les villages qu’ils avaient pris par la force. La paix se réinstalla peu à peu d’un bout à l’autre de la Galetrie, sans que personne ne sache ce qui avait incité l’ennemi à partir.

Mais un peu partout certains racontèrent, et continuèrent de raconter dans les années qui suivirent, qu’ils avaient aperçu à plusieurs reprises un ours gigantesque, au pelage teinté de roux, qui pourchassait des soldats effrayés en grognant.

***

Vous pouvez en apprendre plus sur mon recueil ici: http://myriamplante.com/recueil.htm

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s