Il y a des moments où je suis juste découragée

Aujourd’hui, c’était la première journée de la vente trottoir. En principe, ça devait durer jusqu’à 9h ce soir, mais à cause du vent et de la pluie, je suis rentrée chez nous plus tôt que prévu.

Il y avait quand même un peu de monde sur la rue, mais très peu d’intérêt pour mon kiosque. Malgré tout, je souriais aux passants, je faisais des efforts pour rester positive, pour me dire que je n’avais pas investi mon temps, mes efforts et mon argent pour rien. Comme je le fais à chaque fois.

Puis, la pluie qui est venue gâcher la journée, et qui risque de gâcher aussi les deux prochaines journées de la vente trottoir.

Ce qui me décourage, ce n’est pas la mauvaise température. Ce qui me décourage, me fait de la peine, et me fait un peu mal, aussi, c’est le constat que l’indifférence et le manque d’intérêt des gens, ajoutés au sentiment d’être insignifiante et d’avoir travaillé fort pour rien, c’est exactement ce qui se passe à chaque fois.

À chaque fois que j’essaie quelque chose. À chaque fois que je participe à un évènement avec mes livres, à chaque fois que j’ai une idée, un projet, un plan. Peu importe le temps, les efforts, et l’argent que j’investis. Peu importe à quel point je suis passionnée, enthousiaste et déterminée. Ça ne donne jamais rien, ou si ça donne quelque chose, c’est quelque chose de minuscule: un tout petit peu de fierté, un tout petit peu de joie, un tout petit peu d’argent. Deux ou trois nouvelles personnes qui vont peut-être lire un de mes livres, qui vont peut-être l’aimer, mais qui ne m’en parleront probablement pas.

Et quand je pense à tout ça, je me mets à penser à une idée géniale que j’ai eue pour le lancement de mon livre dont vous êtes le héros. Ça fait une éternité que je travaille dessus, et quand il va être enfin prêt, je veux organiser un «lancement de livre dont vous êtes le héros»… J’adore mon idée. C’est un projet sur lequel j’ai hâte de travailler, mais en même temps, je suis terrifiée… Il n’y aura probablement personne. Ça n’intéressera personne, ça n’attirera personne, et je pense au temps et aux efforts que je vais fournir pour essayer d’en faire un évènement unique et vraiment cool, et j’ai peur de juste être déçue et découragée à la fin de cette journée-là. Avoir des plans précis pour son futur, c’est important, non?

Un des voisins de mes parents est passé devant mon kiosque à la vente trottoir, et il m’a demandé comment je trouvais le temps et l’énergie pour écrire et publier autant de livres. Je lui ai répondu, avec un sourire, que dans la vie, il faut choisir ses priorités… Et je le pense vraiment. Écrire, pour moi, c’est une priorité. J’ai besoin d’écrire. Mes histoires, mes personnages, mes livres, c’est important pour moi.

Mais le monde s’en fout, de mes livres. Le monde n’a pas besoin de mes livres. Je pense que la seule personne qui a vraiment, vraiment besoin de mes livres, c’est moi.

Mais je ne dois pas être la seule artiste à penser comme ça au moins une fois de temps en temps… n’est-ce pas?

C’est pour ça que malgré les déceptions, les frustrations, et tout le reste, je n’abandonnerai pas. Je ne peux pas abandonner. J’aime écrire, j’aime créer mes livres. J’aime ce que je fais. Je n’ai pas peur de continuer à travailler fort et à essayer de me lancer dans des nouveaux projets. Mais j’aimerais juste ça, au moins une fois de temps en temps, avoir l’impression que je n’ai pas travaillé pour rien.

Il me semble que ça doit être agréable et valorisant…

Tais-toi et prends mon argent!

Je trouve ça extraordinaire de penser qu’il y a des artistes et des auteurs qui sont capables de vivre de leur art. Bon, c’est certain qu’il n’y en a pas beaucoup, en comparaison avec le nombre de ceux qui n’y arrivent pas, mais il y en a.

(Ce qui m’a amenée à cette réflexion, c’est que la nuit passée, j’ai rêvé à une artiste qui disait qu’elle gagnait bien sa vie… Je ne me souviens pas des autres détails de mon rêve, à part pour le fait qu’il y avait du broccoli moisi. Les rêves n’ont pas besoin d’être pertinents, n’est-ce pas?)

Il y a des artistes et des auteurs qui, sans être mondialement connus, et parfois même en restant totalement indépendants, sont capables de faire assez d’argent pour… que ça vaille la peine de dire qu’ils font de l’argent.

J’aimerais ça en arriver là un jour. Ça doit être vraiment merveilleux de vendre assez de livres pour réussir à faire assez d’argent chaque mois pour… En fait, juste de faire de l’argent chaque mois, ça serait pas pire.

Quand j’écris, je ne vois pas mes histoires comme des «produits» qu’il va me falloir vendre un jour. Je ne voudrais pas voir les choses comme ça! J’écris ce que j’ai envie d’écrire, j’écris ce que j’ai envie de lire. Je ne sais pas si ça a un bon potentiel de vente, et je m’en fiche.

Mais une fois que mes livres existent, c’est là qu’ils deviennent des produits. C’est là qu’il faut essayer de les vendre. Selon ce que j’ai appris, le marketing, c’est trouver le public cible d’un produit, et aider ce public cible à trouver et acheter le produit qu’ils veulent, et/ou le produit dont ils ont besoin.

J’ai de la misère avec cette partie-là. Ça fait longtemps que j’ai compris que je ne savais pas qui était mon public cible, à part moi-même. Mais ça ne veut pas dire que je ne le découvrirai jamais, et que je ne trouverai jamais de stratégie marketing efficace. Ça veut peut-être juste dire que ça pourrait être long.

J’ai déjà quelques personnes qui achètent tous mes livres avec enthousiasme. Bon, ces personnes sont surtout des membres de ma famille, mais c’est un bon début. Ce qu’il me faudrait, c’est avoir plus de gens comme ça.

Des gens qui diraient «Tais-toi et prends mon argent!!» chaque fois que je publierais un nouveau livre, tellement ils seraient convaincus de vouloir le lire, et qui seraient capables, en plus, de convaincre d’autres gens de le lire.

J’ai besoin de gens comme ça. Comment est-ce que je peux les trouver? Là est la question…

«Tais-toi et prends mon argent»