Un an après la Nouvelle-Écosse

Il y a un an, j’étais en Nouvelle-Écosse avec mes parents. Quelque part au Cap Breton, plus précisément.

Ces derniers jours, j’ai regardé toutes nos photos de voyage, et mes souvenirs rapportés des endroits merveilleux qu’on a visités. Je m’ennuie de la Nouvelle-Écosse, c’était tellement beau!

Un an… On dirait que cette année-là a passé vraiment vite. Ça me fait surtout réaliser que ça fait un an que des nouveaux personnages, des nouvelles idées et des nouveaux bouts d’histoire vivent dans ma tête! En marchant sur les plages de la Nouvelle-Écosse, les pieds dans l’eau, j’avais développé des idées pour une future histoire, ou plutôt, pour une sorte de prologue à une future histoire qui était quand même déjà bien développée.

Depuis un an, il y a des bouts de ces histoires qui apparaissent régulièrement dans ma tête, qui demandent à être développés, précisés, et pris en note, pour ne rien oublier. J’ai appris à bien connaître mes personnages, et je pense qu’ils ont vraiment hâte que ça soit à leur tour de commencer à exister sur du papier, puis dans un livre.

Je vais bientôt publier «Le Goût de l’Eau», ce qui va mettre un terme à mon histoire de dragon. Après ça… Ça va peut-être être le temps de commencer sérieusement à écrire une histoire de marins, de mer et de grands voiliers.

Une photo de moi sur la plage de Hunts Point, prise par mon père. Ça fait bizarre de penser qu’il faisait assez froid pour que je porte un gros hoodie avec un capuchon, mais que j’étais quand même en shorts! En comparaison, je n’ai presque jamais porté de shorts cet été…

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Vacuité

Ma cousine Marie-Noëlle Audet est la troisième personne à avoir relevé le défi qui se trouve à la fin de mon Mini Livre Gratuit… Et moi, j’ai relevé le défi de lui écrire une histoire bizarre avec la phrase qu’elle m’a envoyée!

La voici:

Vacuité

Ça fait trois jours qu’il neige sans arrêt dans notre local et on commence à être tannées d’être gelées et de devoir pelleter chaque soir pour trouver la batterie de Steph. Je n’exagère pas : sa batterie est vraiment enterrée par la neige, chaque soir, et il faut pelleter pour la sortir de là pour qu’elle puisse jouer. Heureusement, Daf et moi on peut ranger nos instruments en haut de l’étagère, mais pour la batterie, ce n’est pas vraiment possible.

Le premier soir où c’est arrivé, on ne l’a vraiment pas trouvé drôle. Daphné était déjà là quand Stephanie et moi on est arrivées. En voyant la neige qui avait recouvert le sol et la batterie, et qui continuait de tomber, on était découragées et on a annulé notre pratique.

Le lendemain après-midi, pendant que je travaillais, j’ai reçu un message de Daf, qui m’a texté : «Vicky, attache ta tuque avec d’la broche, j’apporte une grosse pelle!» J’ai compris que ça voulait dire qu’il n’était pas question d’annuler notre pratique encore une fois. On a un spectacle prévu la semaine prochaine, et il faut être prêtes. Ce soir-là, on est arrivées au local avec nos manteaux, nos bottes, nos tuques, nos foulards et nos gants. On a apporté des pelles, et on a déneigé la batterie de Steph, et dégagé assez d’espace pour pouvoir s’installer et jouer.

L’industrie de la musique change, c’est ce que tout le monde dit. Il faut s’y faire. Louer un bon local de pratique de nos jours, ce n’est vraiment pas facile. On a des amis qui trouvent leurs instruments couverts de spaghetti à la sauce tomate chaque fois qu’ils entrent dans leur local, et Daf dit que son cousin a un groupe lui aussi, et que dans leur local, il pleut un jour sur deux. On considère donc que pour le prix qu’on paye pour louer le nôtre, la neige, ce n’est pas si grave, même si on ne comprend pas d’où elle vient puisqu’on est en juillet. Au moins, ça ne nous empêche pas de jouer… Il faut juste s’habiller chaudement, et pelleter. Oui, on commence à être tannées, mais on s’encourage en se disant que la situation pourrait être bien pire.

 

La pratique de ce soir se déroule plutôt bien. Steph est un peu enrhumée, ma basse est glaciale, la guitare de Daf est couverte de givre, et le micro se perd dans un petit nuage de condensation quand elle chante, mais sinon, tout va bien.

En fait, on a l’esprit ailleurs, ça se voit. Je ne sais pas à quoi les filles sont en train de penser, mais moi, je trouve que les chansons qu’on a composées dernièrement manquent de quelque chose. Elles manquent de vie, de couleurs, de rythmes… Je ne sais pas trop, mais il manque quelque chose.

On finit de jouer une chanson qu’on a reprise trois fois ce soir, et Daf essuie son micro avec un bout de son foulard. Elle garde ensuite la tête baissée, comme si elle réfléchissait. Steph et moi, on échange un regard. On sait que ça veut dire qu’il faut attendre. Il ne faut pas interrompre Daphné quand elle réfléchit, oh non! Dans l’état où se trouve notre local, ça pourrait provoquer une avalanche.

Au bout d’une minute ou deux, elle se débarrasse du petit monticule de neige qui était en train de se former au sommet de sa tête, et elle nous regarde.

– Steph, Vic, ça va être tout pour ce soir… Ça marche pas, on dirait. On se revoit demain?

Je hoche la tête.

– Demain c’est samedi, je travaille pas et j’ai rien à faire… Je peux arriver plus tôt, si c’est correct pour vous aussi!

– Ça va pour moi, dit Stephanie. Je peux être…

Elle s’interrompt en écarquillant les yeux.

– Les filles… Regardez dehors!

Daf et moi on se retourne, en se demandant bien ce qui se passe de si terrible. On remarque que toutes les lumières de la rue sont éteintes. On ne voit plus les lampadaires, ni l’enseigne lumineuse du dépanneur. En fait, on ne voit plus rien du tout. Je m’approche, je viens me coller le bout du nez dans la vitre de la fenêtre. Le décor a changé… Tout a l’air enneigé, maintenant, comme l’intérieur de notre local. Tout est enneigé, partout. Pourtant, il se trouve au troisième étage d’un immeuble, notre local! Mais il y a de la neige, oui, jusqu’au bas de la fenêtre.

Je me retourne. Les filles sont pâles, presque aussi blanches que la neige. Je me dis que je dois avoir exactement le même air qu’elles.

– Bon… On y va? dit Daphné d’une voix qui tremble un peu.

Stephanie et moi on approuve, on quitte le local au plus vite, sans rien dire de plus. On descend l’escalier de l’immeuble, qui empeste la cigarette et l’humidité, et on sort dehors.

Dehors, tout est normal. Les lampadaires, l’enseigne du dépanneur, les autos, les passants, tout est là. Surtout, il n’y a pas de neige. Stephanie se met à ricaner.

– Eh ben… Les filles, je pense qu’on a halluciné grave! Ça doit être la neige dans notre local qui se reflétait dans la fenêtre.

– Oui, que j’ajoute, une sorte d’illusion d’optique… Quelque chose comme ça.

Daf plisse les yeux en regardant vers la fenêtre du local. Elle ramène ensuite son regard vers nous, puis enlève son foulard et sa tuque d’un geste lent. C’est vrai qu’on a l’air un peu folles, habillées comme ça, en plein mois de juillet.

– C’est peut-être le stress, propose Daf. Notre show qui s’en vient, moi, ça me stresse… J’ai l’impression…

Elle a l’air de chercher ses mots. On la laisse chercher, en enlevant nos manteaux.

– J’ai l’impression que ça marche pas, nos chansons, qu’elle reprend. Il manque… Je sais pas, il manque quelque chose. Vous trouvez pas? Steph? Vic?

Elle nous regarde en attendant nos commentaires. Stephanie pince les lèvres et baisse les yeux.

– Oui, que je dis, moi aussi je trouve ça. Il manque quelque chose…

Daphné hoche la tête, satisfaite de voir qu’on partage son point de vue.

– Bon… On en reparlera demain? Il faut vraiment qu’on soit prêtes pour le show, c’est tellement important!

On approuve, et on se quitte, en se donnant rendez-vous le lendemain, vers 1 heure.

 

Le lendemain, quand j’arrive, les filles sont déjà là. Elles m’attendaient dehors devant l’immeuble. On se salue, on entre dans l’immeuble, on monte lentement l’escalier. Avant d’entrer dans notre local, on remet nos manteaux, nos tuques, tout.

Daphné nous regarde d’un air sérieux avant d’ouvrir la porte. C’est évident qu’on a toutes un peu peur de revoir le même paysage qu’hier soir par la fenêtre… On entre, et la première chose qu’on remarque, c’est qu’il ne neige plus. Par contre, la batterie de Stephanie est encore enterrée de neige, et il fait toujours aussi froid.

– Merde, les filles… Regardez! dit Daf.

On s’approche toutes les trois de la fenêtre. Comme on a nos manteaux de toute façon, je décide de l’ouvrir. La rue et les passants ont encore disparu, il ne reste absolument plus rien de la ville. Je sors la tête à l’extérieur, et l’air froid et sec me pique les narines. Sans consulter les filles, j’enjambe le rebord de la fenêtre et ma botte se pose sur de la neige compacte. Il n’y a que ça, partout. Une vaste plaine blanche s’étend devant nous, sous un ciel bleu éclatant, sans nuages.

J’avance de quelques pas, en regardant partout. Je me retourne. Les filles m’ont suivie, l’air ébahies. La fenêtre et la façade de l’immeuble se trouvent encore juste derrière elles, émergeant bizarrement du sol blanc et glacé.

– C’est pas une illusion, hein? dit Steph d’une toute petite voix. Et c’est pas le stress non plus! C’est…

– C’est… Je sais pas, poursuit Daf. Mais c’est beau! C’est juste… C’est juste parfait!

Elle prend une grande inspiration. Je l’imite, me remplissant les poumons d’un air pur, tellement pur qu’il me donne l’impression de n’avoir jamais été respiré par personne avant aujourd’hui.

Je ne comprends pas ce qui se passe, et je pense que je n’ai pas besoin de comprendre. Je suis émerveillée par l’immensité blanche et glacée qui nous entoure, fascinée par la beauté du ciel, envoûtée par la pureté de l’air. Je ne veux pas me poser trop de questions, pour ne pas gâcher ce moment vraiment magique.

– Les filles! On va chercher nos instruments! propose Daf d’une voix enjouée.

On retourne dans notre local, et on commence par dégager la batterie de Steph, encore une fois. Daf prend sa guitare et son micro, je prends ma basse, on apporte nos amplis à l’extérieur, et Steph sort sa batterie. On réussit à s’installer, en restant près de la fenêtre.

Et on joue, on joue toute la journée, sans prendre de pause, sans se questionner, sans se remettre en question. On joue toute la journée, jusqu’au soir. On s’arrête parce qu’on a faim et que, même si la lumière de notre local est ouverte, à l’extérieur, sous le ciel d’un noir profond, on ne voit plus grand-chose.

On se donne rendez-vous le lendemain, à la même heure.

 

Pour le prix qu’on paye chaque mois, on a accès à un endroit vraiment extraordinaire pour pratiquer nos chansons ensemble. On est retournées jouer dehors chaque jour depuis notre grande découverte. On a même écrit quelques nouvelles chansons, et on a enfin trouvé ce qui manquait à celles qu’on avait déjà.

Ce qui nous manquait, c’était de l’espace. Nos chansons allaient trop vite, et elles étaient surchargées. À vouloir trop en faire, tout en même temps, on n’en avait jamais assez. Maintenant qu’on a décidé d’en faire moins, tout sonne mieux, et ce qu’on a nous semble parfait. On espère que les autres seront d’accord avec nous. Jouer dehors nous a inspirées. On souhaite maintenant que notre musique évoque la beauté, la pureté, la tranquillité des grands espaces, et la puissance fragile de la nature.

Ce soir, c’est notre spectacle, celui qu’on attend depuis longtemps. On est prêtes. Il est temps d’enlever nos manteaux, nos bottes, nos tuques, nos foulards et nos gants, de monter sur scène, et de montrer ce qu’on est capables de faire.

Savoir à quoi s’attendre

Avez-vous déjà écouté un film sans savoir si c’était un drame, un film d’horreur, ou une comédie?

Ça m’est arrivé, il y a quelques mois. J’avais enregistré un film parce que la description dans le guide horaire m’intriguait… Ça parlait d’une femme, mariée avec un psychologue, qui revoit son amie imaginaire d’enfance. Quelque chose comme ça. Ça avait sûrement l’air plus intriguant et plus intéressant dans la description, sinon, je ne l’aurais pas enregistré.

C’était un film dont je n’avais jamais entendu parler (je ne me souviens d’ailleurs pas du titre) et quand le film a commencé, je me demandais sérieusement si c’était un drame ou une comédie… Finalement, c’était un genre de film d’horreur, mais pas exactement. C’était plutôt un genre de drame/suspense étrange, avec quelques scènes un peu creepy.

En fin de compte, ce n’était pas vraiment important pour moi de savoir quel genre de film c’était… C’est juste que je me demandais si je devais me préparer à avoir peur ou à faire le saut! Ce n’était pas le meilleur film au monde, mais je l’ai quand même apprécié.

Depuis que je fréquente, de temps à autres, des salons du livre pour auteurs peu ou pas connus, je me suis mise à acheter des livres écrits par des auteurs qui, comme moi, essaient de se faire connaître. Plusieurs d’entre eux ont publié à compte d’auteur.

Quel est le lien avec mon film étrange? Eh bien, récemment, j’ai lu quelques livres, sans savoir à quoi m’attendre… Et de plus en plus, je trouve que c’est le fun de commencer à lire une histoire, sans savoir si c’est une histoire de meurtrier, ou une histoire de fantômes, de magie, ou d’extra-terrestres.

Tant que l’histoire m’intéresse, je n’ai pas besoin de savoir à l’avance où elle va m’emmener. C’est aussi le fun de lire un livre dans un genre particulier, mais je trouve qu’il y a quelque chose de spécial dans le fait de ne pas savoir. C’est comme recevoir et déballer un cadeau, en prenant son temps pour ne pas déchirer le papier…

En plus, je n’aime pas ça quand un film ou un livre est trop prévisible, et que j’arrive à deviner ce qui va se passer, pour le meilleur ou pour le pire! Donc, ne pas savoir à quoi s’attendre, c’est un bon début.

Je suppose, par exemple, que la majorité des gens aiment savoir à quoi s’attendre quand ils choisissent un film ou un livre.

Dommage…

J’ai de la misère à faire de bons résumés de mes livres ou à dire dans quels genres ils sont.

Peut-être que plus de gens achèteraient mes livres s’il leur suffisait de regarder la page couverture et de lire quelques mots du résumé pour se dire, «Ah ben, j’vais lire ça, c’est sûrement ben bon!»

Tant pis pour la gloire

La dernière fois que j’ai écrit dans mon blogue, je terminais mes préparatifs pour La Foire du Livre Buropro Citation du Salon de l’Éducation Centre-du-Québec. J’espérais que mes parents ne seraient pas les seules personnes dans la salle à m’écouter parler de ma bande dessinée.

J’avais un peu peur que ça soit le cas, mais en même temps, je me disais que ça serait l’heure de gloire de Gontrand le Chevalier! J’ai passé tellement de temps à tout préparer, et je voulais absolument que mon album soit prêt à temps pour cette journée-là… J’étais sûre que tout se passerait bien, et que mes efforts en vaudraient la peine.

Il n’y avait pas beaucoup de monde au Salon de l’Éducation, et je pense que les gens qui étaient là étaient surtout intéressés par les conférences, et pas par les présentations des auteurs. L’événement était bien organisé et c’était sympathique, mais ouais, vraiment pas beaucoup de monde.

J’ai souvent des attentes quand je participe à des événements pour promouvoir mes oeuvres. Pas des attentes irréalistes, genre, je ne m’attends pas à ce que 1000 personnes fassent la file pour venir acheter mes livres, et s’évanouissent tellement elles sont contentes de m’avoir rencontrée… Je voudrais juste attirer l’attention de quelques personnes, pour qu’elles soient intriguées, et aient envie de découvrir ce que je fais.

Mais ce n’est jamais vraiment ça qui se passe. Encore une fois, j’ai été déçue. Avoir su, je ne me serais pas imposé d’esclavage pour finir de préparer ma bande dessinée le plus vite possible… J’aurais pris mon temps, et le résultat aurait été tout aussi hot, mais je ne serais pas virée folle en le faisant.

Mais bon, tant pis. Tant pis pour la gloire de Gontrand le Chevalier, qui ne semble vraiment pas dû pour se faire de nouveaux amis. Il devra se contenter de ceux qu’il a déjà.

Mais tant qu’à avoir préparé un texte pour parler de l’histoire de Gontrand le Chevalier, et à avoir préparé des dessins et un Power Point pour agrémenter ma présentation, je vais vous partager ici une version abrégée  (ou peut-être pas tant abrégée, dans le fond) de ce que j’ai dit devant le nombre très restreint de gens qui sont venus m’écouter, et qui ont au moins été contents d’avoir des signets gratuits.

Je vais donc faire semblant que vous ne me connaissez pas, et que vous n’avez jamais entendu parler de Gontrand le Chevalier.

Présentation de Gontrand le Chevalier

Bonjour! Je m’appelle Myriam Plante, et je suis la créatrice de Gontrand le Chevalier, qui est un personnage de bande dessinée. J’ai déjà publié 2 autres livres, mais Gontrand le Chevalier c’est mon premier projet de bande dessinée. Aujourd’hui, je vais vous présenter l’histoire de Gontrand, mais avant, je vais vous parler un peu de l’histoire de sa création.

J’ai toujours aimé lire, écrire et dessiner. Ça fait longtemps que je sais que ce que je veux faire dans la vie, c’est écrire des livres et faire de l’art. Quand j’étais plus jeune, ma mère m’a fait découvrir les bandes dessinées d’Astérix et Obélix, Tintin, Lucky Luke, et plusieurs autres… Je me disais que j’aimerais peut-être faire ma propre bande dessinée un jour, et j’avais quelques idées d’histoires, mais rien de super développé.

J’ai inventé Gontrand le Chevalier pendant que j’étais en secondaire 5… En 2002 et 2003. Mon amie Marilyn et moi, on passait souvent du temps à la bibliothèque sur l’heure du midi. On faisait des travaux, et on s’amusait aussi à dessiner dans nos agendas.

Mon agenda de secondaire 5, un artéfact important.

Mon agenda de secondaire 5, un artéfact important.

Un jour, j’ai dessiné un petit chevalier en armure, et je l’ai appelé Gontrand.

La première apparition de Gontrand le Chevalier, en 2002.

La première apparition de Gontrand le Chevalier, en 2002.

Dans les prochains jours, j’ai ajouté des personnages: le cheval du chevalier, un dragon, un roi, une reine, une princesse, une méchante sorcière…

La première apparition de la Princesse Gisèle.

La première apparition de la Princesse Gisèle.

Finalement, je me suis dit, tant qu’à avoir inventé des personnages, je vais leur inventer une histoire! Alors j’ai créé la première version de l’histoire de Gontrand dans mon agenda, dans de toutes petites cases…

Une partie de l'histoire dans mon agenda.

Une partie de l’histoire dans mon agenda.

Une fois l’histoire finie, je me suis dit que ça serait le fun d’en faire une vraie bande dessinée un jour, avec une histoire plus développée et des beaux dessins en couleur, et de la partager avec plein de monde… Mais je ne savais pas trop comment ça se faisait, une «vraie» BD.

Après mon secondaire, je suis partie étudier au Cégep, où j’ai appris plusieurs choses qui ne m’ont pas servi par la suite, et d’autres choses qui m’ont été très utiles. J’ai appris à travailler avec des crayons feutre noirs avec des largeurs de pointes différentes, et j’ai appris comment utiliser le logiciel Photoshop, qui ne sert pas seulement à faire des retouches de photos.

Après mon Cégep, j’ai décidé que c’était le temps d’essayer… Je me disais que ça ne serait peut-être pas une «vraie» bande dessinée, mais que ça serait la mienne! J’ai donc commencé à travailler sur la version officielle de mon histoire, en dessinant au crayon de plomb, avant de retracer mes dessins avec mes crayons feutres que j’aime tant. Après, je scanne chaque page et je fais les couleurs avec Photoshop. Au début, je ne savais pas trop où je m’en allais, mais j’ai développé ma technique en la faisant.

J’ai même créé un site internet, et une page Facebook (une page Myspace, au début!) et j’ai organisé des concours pour permettre aux lecteurs de devenir un personnage figurant dans l’histoire.

4 gagnants d'un concours. Ce sont les organisateurs du mariage de la Princesse.

4 gagnants d’un concours. Ce sont les organisateurs du mariage de la Princesse.

Ça m’a pris beaucoup trop de temps à compléter mon histoire, qui est en fait la première partie d’une histoire qui va avoir je ne sais pas combien de parties. Après des heures et des heures de travail, j’ai réussi, j’ai fait mon premier album de bande dessinée, et j’en suis vraiment fière!

Maintenant, l’histoire de Gontrand… Gontrand le Chevalier, c’est un chevalier, ou plutôt, c’est une armure de chevalier… C’est une armure qui bouge et qui parle, on ne sait pas trop pourquoi, et même moi je ne suis pas certaine. Peut-être que ça va être expliqué un jour, dans une autre histoire. Donc, Gontrand voyage partout avec son cheval Eugène, et son but est d’aider les gens qui ont besoin d’aide.

Gontrand et Eugène

L’histoire commence dans un Royaume lointain, où le Roi Joséphin et la Reine Gertrude cherchent un mari pour leur fille Gisèle. La Reine voudrait laisser sa fille choisir, mais le Roi décide d’offrir du divertissement à son peuple, alors il organise une compétition avec différentes épreuves. Il y a 6 candidats qui vont essayer de gagner le coeur de la Princesse Gisèle. Mais il y en a un qui a été envoyé en mission par Raymonde, la méchante sorcière…

Les 6 candidats au mariage.

Les 6 candidats au mariage.

La Princesse va tomber amoureuse du Prince Gilbert de la Garnotte, même si c’est un bonhomme fait en roches, et qu’il ne parle même pas!

Elle va vouloir l’épouser, mais ils vont se faire enlever mystérieusement, et le Roi Joséphin va compter sur Gontrand le Chevalier pour aller sauver sa fille. Gontrand va donc partir à sa recherche, avec Glorian le ménestrel et Lisette la paysanne, et ils vont vivre toutes sortes d’aventures ensemble.

Bonne question...

Bonne question…

Pour lire l’histoire et découvrir tous les personnages que j’ai créés, vous pouvez acheter l’album, ou visiter le site internet de Gontrand pour la lire gratuitement!

Voilà qui termine ma présentation… Je voulais vous montrer que chaque livre peut raconter plus qu’une histoire: l’histoire de ses personnages, mais aussi, une partie de l’histoire de la personne qui a créé le livre. Parce que les livres, même s’ils sont des objets magiques qui peuvent nous divertir, nous faire voyager et nous apprendre plein de choses, ils n’apparaissent pas par magie! Il y a des gens qui travaillent fort pour les faire exister, et je pense que de prendre le temps de penser à ça, ça permet d’apprécier la lecture encore plus.

Merci de m’avoir lue jusqu’au bout!

 

La maison sanglante

Mon lancement virtuel est terminé. Merci à tous les participants!

Mon lancement virtuel est terminé. Merci à tous les participants!

L’histoire qui a obtenu le plus de votes (2 votes!) sur la page Facebook de mon lancement virtuel est: La maison sanglante.

Voici donc cette histoire, tirée de mon recueil Ourse Ardente et 15 autres histoires

La maison sanglante

La maison sanglante venait de faire une nouvelle victime, mon pied bleu en témoignait. J’avais grandi à côté de cette maison, sans savoir que j’y entrerais un jour. En fait, j’ai toujours espéré ne jamais avoir à y entrer.

La maison ressemblait à celle de mes parents, et à toutes celles du quartier. Ce qui la distinguait des autres, en apparence, c’était la couleur de ses briques. Alors que ses voisines présentaient des façades d’un gris banal ou d’un brun terreux, les briques de la maison sanglante étaient rouges. Si la couleur de la maison ne nuisait pas à sa réputation, elle n’était pas la principale raison pour laquelle les enfants, et même les adultes du quartier l’appelaient par ce nom particulier depuis plusieurs années.

Lorsque j’étais jeune, les enfants du voisinage se réunissaient au parc, et se racontaient souvent des histoires de peur, comme on les appelait. Les histoires les plus populaires concernaient toujours la maison sanglante. On disait, entre autres choses, que la maison était maudite, et que tous les gens qui y entraient se mettaient à saigner sans aucune raison, et qu’ils saignaient, saignaient… Jusqu’à ce qu’ils sortent de la maison sanglante… ou jusqu’à ce qu’ils meurent.

Bon, d’accord, mon pied ne saignait pas. Il était marqué d’une grande tache bleue, traversée par la sangle de ma sandale. Un bleu… Oui, je saignais, mais de l’intérieur seulement.

Comme j’habitais dans la maison grise à gauche de la maison sanglante, les histoires qui la concernaient me faisaient particulièrement peur. Je n’avais jamais vu les gens qui y habitaient. Je savais seulement qu’ils n’avaient pas d’enfant.

Un jour, j’ai entendu mes parents dire que la maison sanglante avait fait une nouvelle victime. Je n’avais jamais entendu aucun adulte appeler la maison ainsi, mais quand j’ai questionné mes parents, ils ont refusé de m’en dire davantage. Ce n’est que plusieurs années plus tard, un ou deux ans avant que je ne parte dans mon premier appartement, je crois, qu’ils m’ont parlé de ce qu’ils savaient à propos de la maison. Ils m’ont dit qu’au cours des années, plusieurs jeunes couples y ont emménagé. La plupart sont partis après seulement quelques semaines. Ceux qui sont restés plus longtemps ont fini par sortir aussi, la femme étendue sur une civière, et l’homme, assis à l’arrière d’une voiture de police. Ou l’inverse. À partir de ce moment, j’ai commencé à voir la maison sanglante sous un autre angle. Elle projetait subitement une nouvelle image, plus digne d’un film d’horreur inspiré de faits réels que d’une série d’histoires racontées par des enfants.

J’ai déménagé, à l’autre bout de la ville. Chaque fois que je visitais mes parents, je ne pouvais pas m’empêcher de jeter un oeil à la maison sanglante, et d’imaginer tout ce qui avait pu se passer derrière ses murs rouges. Mais je n’avais jamais cru qu’un jour, je serais obligée d’y entrer.

En fait, j’aurais pu dire non. Mais je n’ai rien dit, parce que je me voyais mal en train d’expliquer à ma patronne que je ne voulais pas aller faire du ménage dans la maison sanglante, parce que j’avais peur d’y mourir. Je travaille pour une compagnie d’entretien ménager résidentiel, et nous sommes souvent engagés par des familles qui s’apprêtent à déménager, ou à s’installer dans une nouvelle demeure, et qui tiennent à ce que tout soit propre. Quand Andrée m’a donné l’adresse de la maison qu’un jeune couple très pointilleux venait d’acheter, et souhaitait voir briller de propreté, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de la maison sanglante. Mais je n’ai rien dit.

Je suis partie avec Marie-Sophie, une de mes collègues. Elle a stationné sa voiture dans l’allée de la maison sanglante, devant laquelle le panneau «À vendre» était maintenant bel et bien surmonté d’une affiche sur laquelle «Vendue» était écrit, en lettres blanches sur fond rouge.

Nous sommes entrées à l’intérieur. Marie-Sophie est entrée la première, et je marchais derrière elle, en tentant de camoufler ma nervosité. Mon imagination m’avertissait que l’intérieur de la maison serait sinistre, que les planchers seraient incrustés de taches de sang séché, et que des bruits inquiétants se feraient entendre, semblant provenir de l’intérieur des murs.

Tout en étant rassurée, j’étais, je dois l’admettre, un peu déçue. L’intérieur de la maison sanglante n’avait rien de sinistre. Des pièces vides où flottait une légère odeur d’humidité. Des murs blancs, à la peinture un peu défraichie. Quelques toiles d’araignées qui pendaient du plafond. Ce qui me troublait le plus, en fait, c’était le fait que la disposition du salon, de la cuisine, de la salle de bain et des chambres était exactement la même que celle de la maison de mes parents. Cela n’avait, en fait, rien de surprenant; toutes les maisons du quartier étaient, je crois, construites selon le même modèle. Mais j’avais l’impression d’être dans la maison de mes parents, si celle-ci se retrouvait subitement vide, inhabitée, sans vie, et je me sentais un peu mal à l’aise, sans trop savoir pourquoi.

Comme à son habitude, Marie-Sophie avait apporté sa petite radio. Elle disait souvent, en plaisantant, que si un jour elle devait travailler sans musique, elle en mourrait d’ennui. Elle a donc allumé la radio, et nous avons commencé à nettoyer les armoires de la cuisine.

Au bout d’une heure, peut-être deux, la radio a produit une sorte de crépitement, et elle s’est arrêtée. Après avoir inspecté sa fidèle amie, Marie-Sophie a déclaré que les piles avaient coulé, et qu’elle n’en avait pas d’autres dans sa voiture. Déçue, elle s’est remise au travail.

Un peu plus tard, elle s’est mise à se plaindre de maux de ventre, qu’elle disait atroces. Nous avons terminé notre grand ménage de la cuisine, et nous avons commencé à épousseter le salon, puis le corridor qui menait à la salle de bain. Marie-Sophie n’a pas arrêté de se plaindre. De plus en plus agacée, j’ai fini par lui dire que si elle avait trop mal au ventre pour travailler, elle n’avait qu’à partir. Elle m’a écoutée… Elle m’a dit qu’elle allait se reposer chez elle, et qu’elle reviendrait m’aider plus tard. Ma gorge s’est serrée lorsque j’ai entendu la porte se refermer derrière elle. J’étais maintenant seule. Seule, dans la maison sanglante.

J’ai continué à travailler, mais sans vraiment m’appliquer. Mes parents m’ont toujours répété que tout ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait. Cependant, je n’avais pas l’intention d’appliquer ces sages paroles dans ma situation actuelle. J’étais seule dans la maison sanglante, et je n’avais qu’une envie, et qu’un but: en sortir le plus rapidement possible. Et puis, de toute façon, les chambres de la maison n’étaient pas vraiment sales. Je les ai époussetées rapidement, avant de m’attaquer à la salle de bain.

J’étais assise sur le rebord du bain, à me demander pourquoi j’avais un aussi gros bleu sur le pied alors que je ne me souvenais pas de m’être cognée nulle part, quand tout à coup, mon téléphone cellulaire a sonné.

J’ai sursauté, puis j’ai couru jusqu’à la cuisine, là où j’avais laissé mon téléphone, sur le comptoir. J’ai répondu, pour entendre la voix paniquée d’Élisabeth, la soeur de Marie-Sophie, me dire que ma collègue avait été amenée à l’hôpital, et qu’elle souffrait d’une hémorragie interne au niveau de l’estomac. Sans écouter les détails, et sans laisser ma voix dénoncer mes émotions, je l’ai remerciée de m’avoir donné des nouvelles, et j’ai raccroché.

Une hémorragie interne. Marie-Sophie était elle aussi victime de la malédiction de la maison sanglante. Je me suis dit que ce n’était qu’une coïncidence, et que tout irait bien. Malgré tout, la nervosité que j’avais ressentie en entrant dans la maison ne faisait qu’augmenter.

J’ai eu une soudaine envie de sortir de la maison en courant, d’entrer chez mes parents, et de leur dire que j’avais la preuve qu’il se passait des choses anormales dans la maison sanglante, et que je ne voulais pas y retourner. J’aurais pu partir, prétendre que la maison était maintenant propre, et fuir le danger, ou, du moins, mes responsabilités…

Je sais ce qui se serait passé: mes parents se seraient moqués de moi, et le couple qui a acheté la maison se serait plaint de mon travail mal fait. Je n’allais quand même pas laisser la maison sanglante faire une tache sur ma réputation au travail!

J’ai fermé les yeux et j’ai pris quelques longues et lentes respirations. Lorsque j’ai ouvert les yeux, je me trouvais toujours dans la maison, mais je me sentais beaucoup plus calme. Un peu plus calme.

J’ai repris mon téléphone, et j’ai appelé Andrée. Je lui ai dit que Marie-Sophie était à l’hôpital, et que j’aimerais avoir du renfort. Elle m’a répondu que personne ne pouvait venir pour le moment, mais qu’elle m’enverrait quelqu’un dès que possible. Je suis retournée dans la salle de bain, et j’ai continué mon travail.

Lorsqu’un bruit s’est fait entendre un moment plus tard, j’ai cru que quelqu’un frappait à la porte. J’ai couru jusqu’à la porte… Il n’y avait personne. Je suis retournée dans la salle de bain une fois de plus, et j’ai terminé de tout nettoyer.

Je m’étais occupée de la cuisine, du salon, des corridors et des chambres, et la salle de bain était maintenant propre. Il ne restait plus que le sous-sol.

Le sous-sol… Combien existe-t-il de films d’horreur dans lesquels le danger se trouve dans le sous-sol? Qu’il s’agisse d’une maison hantée ou non, la cave est toujours un endroit lugubre, sombre, inquiétant, où se cachent des fantômes, des tueurs, des psychopathes, des cadavres, ou de terribles secrets… Qu’allais-je trouver dans le sous-sol de la maison sanglante?

En m’approchant de l’emplacement des escaliers menant au sous-sol dans la maison de mes parents, je me suis trouvée face à une porte. Dans la maison de mes parents, il n’y a pas de porte à cet endroit. J’ai ouvert la porte en question. Il s’agissait bien des escaliers du sous-sol, et non d’un garde-robe.

J’ai reculé d’un pas, comme si j’avais peur que la poignée de la porte ne me morde. Une porte! Les caves fermées par des portes sont les pires! C’est là qu’en plus de se trouver nez à nez avec des fantômes, des tueurs, des psychopathes ou des cadavres, on se fait enfermer avec eux. Et il fallait que moi, maintenant, je descende les escaliers menant au sous-sol de la maison sanglante!

J’ai à nouveau fermé les yeux, et respiré calmement. J’étais seule, armée de chiffons et de produits nettoyants, et il fallait que je descende. Je n’avais pas le choix… Mais je pouvais au moins faire en sorte d’être certaine que la porte de la cave ne se refermerait pas derrière moi. J’ai regardé tout autour de moi, et j’ai aperçu la radio de Marie-Sophie, dans un coin de la cuisine. Je m’en suis emparée et, après quelques tentatives, j’ai réussi à m’en servir pour bloquer la porte. Armée de mes produits d’entretien, j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai posé mon pied bleu sur la première marche des escaliers.

Rien ne s’est passé. J’ai repéré l’interrupteur et j’ai appuyé dessus, en m’attendant à ce que la lumière du sous-sol refuse de s’allumer. La lumière s’est allumée. Jusqu’ici, tout allait bien. J’ai descendu une deuxième marche, puis une troisième, lentement, avec précaution. J’ai atteint le sol de ciment glacé, puis je me suis retournée pour faire face à ce qui m’attendait. Dans la pièce principale du sous-sol, des boîtes étaient empilées. La porte du fond, qui chez mes parents menait à une chambre froide, était fermée.

Je me suis interrogée sur la présence de toutes ces boîtes. Avaient-elles été apportées ici par les nouveaux propriétaires… ou oubliées par les anciens propriétaires? Étrangement, le sous-sol paraissait normal. Il n’était ni inquiétant ni lugubre, et je n’y ai pas vu la moindre toile d’araignée. Mais une odeur écoeurante flottait dans l’air, comme pour me prouver que malgré l’apparente propreté des lieux, mes services étaient bel et bien requis.

C’est alors que je l’ai remarquée… Sur une grosse boîte de carton qui avait été placée un peu à l’écart des autres, le mot «Cadavres» avait été écrit au feutre noir. Mon coeur s’est mis à se débattre comme s’il voulait s’enfuir, sans la coopération de mes jambes et du reste de mon corps.

Voyons… Un meurtrier n’aurait pas caché les corps de ses victimes dans une boîte de carton placée au milieu de son sous-sol. Et il n’aurait certainement pas pris le temps d’écrire «Cadavres» sur le côté de cette boîte, en grosses lettres noires bien visibles!

Mon coeur s’est calmé un peu, mais il n’était pas tout à fait rassuré. Je me suis approchée de la boîte, d’un pas prudent. N’osant pas l’ouvrir pour regarder à l’intérieur, je l’ai poussée légèrement du bout de mon pied. La boîte m’a semblé vide. J’ai osé l’ouvrir. Il n’y avait rien à l’intérieur.

J’ai jeté un coup d’oeil rapide aux autres boîtes. Une seule autre portait une inscription en lettres noires: «Père Noël». Je me suis dit que la boîte vide contenait probablement des décorations d’Halloween, des zombies, ou quelque chose comme ça.

Alors que je m’interrogeais sur le contenu possible des autres boîtes, un son strident m’a fait sursauter. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de la sonnerie de mon cellulaire, que j’avais laissé sur le comptoir de la cuisine.

Plutôt que de me précipiter jusqu’à l’escalier pour aller chercher mon téléphone, je suis restée immobile, incertaine. Ce n’était pas mon téléphone… C’était de la musique. La radio de Marie-Sophie! S’était-elle mise à jouer toute seule? Et les piles… elles avaient coulé!

De plus en plus terrifiée, j’ai entendu la porte se fermer subitement avec un claquement sec. La porte! J’ai couru jusqu’au bas de l’escalier, que j’ai escaladé d’un trait. Mes mains ont tourné et tiré la poignée de la porte, mes poings se sont fracassés contre elle, et j’ai crié…

Puis, je me suis tue. Le silence n’était brisé que par la musique, qui continuait à jouer comme pour témoigner d’une présence. J’étais enfermée dans le sous-sol de la maison sanglante.

Je suis redescendue, abattue et horrifiée. Si j’avais été capable de réfléchir, j’aurais peut-être réussi à trouver une explication rationnelle à ce qui venait de se passer. Mais j’étais incapable de réfléchir. J’étais enfermée dans le sous-sol de la maison sanglante, j’avais peur, et je voulais que quelqu’un vienne me chercher, me dise que tout allait bien, et m’emmène à l’extérieur. Le sous-sol n’avait pas changé, mais je le percevais maintenant d’une manière différente. L’endroit dégageait toujours une odeur terrible, mais l’air semblait maintenant transporter une sorte de menace invisible. Je suis remontée, j’ai frappé à la porte, j’ai crié, puis je suis redescendue. Je l’ai fait plusieurs fois. Puis, je me suis résignée.

Je me suis assise sur la dernière marche de l’escalier. J’ai posé les yeux sur mon pied, et il m’a semblé que la tache bleue qui le couvrait était maintenant plus large, et plus sombre. J’ai fermé les yeux pour essayer de me calmer. Quelqu’un allait bien finir par se demander où j’étais passée! Quelqu’un allait venir me chercher… Il était tout simplement impossible que je reste enfermée dans le sous-sol de la maison sanglante jusqu’à la fin de mes jours.

J’ai attendu. Puis, je me suis relevée. Je ne voulais pas rester assise là. Il fallait que j’essaie de faire quelque chose. J’ai contourné les piles de boîtes pour explorer les lieux. Les rares fenêtres du sous-sol étaient verrouillées, et il n’y avait pas de porte qui pouvait mener à l’extérieur.

Immédiatement après avoir remarqué que le silence était revenu et que la radio avait cessé de jouer, j’ai sursauté en entendant quelqu’un dire mon nom. J’ai retenu mon souffle, comme pour mieux écouter. La voix, qui ne me semblait ni féminine ni masculine, a répété mon nom. Il ne s’agissait pas d’un appel, mais plutôt d’une sorte d’affirmation, calme et posée. Je savais que j’étais seule dans le sous-sol, et j’étais presque certaine qu’il n’y avait personne à l’étage. La voix immatérielle continuait de répéter mon nom, doucement.

J’ai voulu parler, crier, la supplier de se taire, mais j’en étais incapable. Ma gorge était sèche, et ma bouche refusait de s’ouvrir. Sans savoir pourquoi, je me suis approchée de la porte de la chambre froide. Il y avait peut-être quelqu’un, ou quelque chose, de l’autre côté. Je ne voulais pas savoir ce qui pouvait se cacher dans la chambre froide, mais j’avais l’impression de ne pas avoir d’autre choix que de regarder. Mon coeur se débattait avec frénésie et mes mains tremblaient tandis que je tournais la poignée, et que j’ouvrais la porte.

Ma bouche s’est ouverte dans un long cri d’effroi. La lumière du sous-sol s’est éteinte subitement, et mon cri aussi.

Savoir écrire

Je dessine depuis que je sais tenir un crayon (même si, au fond, ma mère m’a souvent dit que je ne tenais pas mes crayons « comme il faut »…) mais je ne suis pas certaine de me souvenir à quel moment j’ai commencé à écrire.

Je voulais devenir écrivaine, et artiste. On me disait que c’était difficile, et que ce n’était pas payant. Je m’en foutais.

Un jour, ma mère m’a dit que si je voulais devenir écrivaine, je devrais étudier en littérature. Je lui ai répondu: «Je n’ai pas besoin d’apprendre à écrire, je le sais déjà!»

Malheureusement, je ne sais pas quel âge j’avais quand j’ai dit ça, avec beaucoup de conviction et quelque chose qui ressemblait peut-être à du snobisme. Je sais seulement que j’étais jeune.

C’était peut-être à la même époque où, avec mon frère et une de mes cousines, on jouait à Ce qu’on voulait devenir plus tard. On se faisait chacun une genre de cabane, dans la cave, et on faisait semblant d’être des adultes et d’avoir un métier. Je ne me souviens plus exactement de leurs métiers à eux… Je crois qu’ils changeaient à chaque fois qu’on jouait. Moi, je jouais toujours à être écrivaine: je restais dans ma cabane avec un paquet de feuilles, et j’écrivais. Toujours la même histoire. Une histoire de petites filles qui observent les étoiles pour finir par visiter le ciel et devenir amies avec la Petite Ourse… quelque chose comme ça. Je ne l’ai jamais terminée, et je suis sûre d’avoir encore ces feuilles-là quelque part… Peut-être un jour, qui sait. Je réalise en écrivant ça que mon rôle dans notre jeu était vraiment plate, dans le fond… Mais il était représentatif de ce que je fais, ou essaie de faire aujourd’hui. Pour mon frère et ma cousine, j’étais plate dans le jeu. Mais moi, je me fesais du fun!

J’ai donc grandi en me disant que je savais écrire, et que j’allais écrire des histoires, créer des personnages, faire publier des livres…

Est-ce que j’écris mieux aujourd’hui que je le faisais dans le temps où mon livre sur les constellations qui brillaient dans le noir m’avait inspiré une histoire fanstastique? Sûrement. En fait, je travaille encore sur une histoire que j’ai commencée à écrire au secondaire, c’est-à-dire, il y a (beaucoup trop) longtemps, et je suis certaine que si je prenais le temps de comparer le début de cette histoire avec les chapitres que j’écris aujourd’hui, je remarquerais une différence. Et pas juste dans ma façon de tracer les lettres.

Mais je crois que la plus grande différence, c’est que maintenant, j’ai l’impression de plus savoir ce que je fais. J’ai toujours voulu raconter des histoires. Aujourd’hui, je raconte des histoires, mais avec des intentions.

Je me souviens de mes cours de français au Cégep, où il fallait analyser des extraits de livres. Non, je n’ai pas étudié en littérature, mais j’ai tout de même eu des cours qui visaient à apprendre à analyser différentes formes de récits. Et j’avais de la difficulté à le faire… J’avais l’impression que c’était une perte de temps, d’être obligée de chercher des détails dans chaque phrase, derrière chaque mot… Ça ne me paraissait pas naturel, de décortiquer les mots de quelqu’un d’autre pour y chercher une intention, une explication. Je me disais que je pouvais très bien comprendre et apprécier une histoire sans chercher à y voir des choses qui n’y sont pas écrites.

Mais il y a quelques jours, j’ai remarqué que les deux histoires sur lesquelles je travaille simultanément ont chacune une intention. Deux thèmes différents, mais un peu reliés, que je n’ai pas nécessairement cherché à mettre là, mais qui y sont apparus à mesure que j’écrivais.

Il s’agit de deux histoires fantastiques, avec un château et de la magie… Mais la première histoire parle plus ou moins subtilement de l’isolement et du rejet, et la deuxième parle du manque de communication et des problèmes de communication… tout en donnant, éventuellement je l’espère, des exemples de solutions à des problèmes qui, je crois, touchent beaucoup de monde. Est-ce que les gens qui liront mes histoires dans le futur trouveront ces thèmes en analysant mes écrits? Je ne sais pas.

Mais je réalise, au terme de ces réflexions, que je n’écris pas seulement pour raconter des histoires… Mais aussi dans le but de peut-être arriver à faire une petite différence, un petit changement positif dans ma vie, et dans celles d’autres personnes.

Est-ce que c’est ça, la vraie définition de «savoir écrire»?

Savoir ecrire