Un livre parmi tant d’autres

Les 13 et 14 Novembre, j’étais au Salon littéraire du Québec. C’était un très bel événement, les organisateurs étaient très gentils et compétents, et j’ai parlé avec plein d’auteurs inspirants et dynamiques. J’ai, comme je m’y attendais, acheté plusieurs livres, dont certains que j’avais déjà vus sur Facebook, et qui m’intéressaient.

En bref, si j’y étais allée uniquement en tant que lectrice, j’aurais été totalement satisfaite. Mais j’y suis allée en tant qu’auteure, en tant qu’auteure qui a payé pour avoir une table, qui espérait avoir de la visibilité, qui voulait avoir une belle occasion de partager son histoire avec des lecteurs intéressés. J’y suis allée avec un enthousiasme peut-être un peu naïf… Je me disais, cool, un salon à Québec! Il va y avoir pleiiin de monde, je vais rencontrer beaucoup de lecteurs sympathiques, et parler de mon roman et de mes projets, et ça va être le fun!!

Disons que je n’ai pas vraiment eu le succès auquel je m’attendais. Ou plutôt, pas du tout. Le premier soir, il n’y avait pas beaucoup de visiteurs. Je me disais que le lendemain, il y aurait beaucoup plus de monde… mais ça n’a pas été le cas. Peu de gens sont passés devant ma table, et même les quelques personnes qui semblaient intéressées par la description que je leur faisais de mon roman m’ont, pour la plupart, simplement dit «Merci!» en remettant sur ma table le signet qu’elles venaient d’y prendre, avant de continuer leur chemin. Est-ce que c’est ça, se faire connaître? Avoir de la visibilité? Je ne pense pas. Ces gens ont probablement déjà oublié mon visage, et le titre de mon roman.

Les organisateurs ont dit qu’ils avaient compté 350 visiteurs, et je crois que plusieurs auteurs présents ont fait de très bonnes ventes, ce qui est super!

J’ai vendu un seul livre. C’est l’auteur qui avait une table en face de la mienne, Pierre Cusson, qui me l’a acheté, pour m’encourager.

Je suis déçue. J’ai investi du temps, et beaucoup d’argent, et j’ai l’impression que ça n’a pas valu la peine. J’avais même fait imprimer 50 nouvelles copies de mon roman, en me disant qu’il valait mieux en avoir trop que pas assez! Au pire, l’argent, tant pis. Les 50 romans, je les vendrai éventuellement, ce n’est pas de l’argent gaspillé.

Ce qui est le plus dommage, dans tout ça, c’est que je ne peux pas m’empêcher de me blâmer: «Pourquoi les gens ne s’intéressaient pas à mon roman? Parce que mon roman n’est pas intéressant. Parce que je ne suis pas intéressante. Parce que j’ai autant de charisme et d’aptitudes sociales qu’une poche de patates vide, et que même quand je pense que je donne une bonne description de mon roman, ce n’est pas le cas, et ça n’accroche pas vraiment l’attention de personne.» Ça, c’est ce que je me suis dit une bonne partie de la journée.

J’aurais aussi pu me dire que c’était tout simplement parce que mon «public cible» n’était pas présent au Salon… mais ce n’est pas le genre de réflexe qui me vient en premier.

Par contre, avec un peu de recul, j’ai compris que le contexte n’avait pas aidé mon humeur, pas plus que l’achalandage. La première chose dont j’ai entendu parler en me levant, ce samedi 14 Novembre, ce sont les attentats terroristes à Paris. J’ai fait mon possible pour éviter d’y penser pendant la journée, mais ça scrape un moral, quand même.

On a aussi dit que ces événements ont réduit la couverture médiatique qui était prévue pour le Salon, en plus, j’imagine, d’inciter beaucoup de gens à rester chez eux. En comparaison avec ce qui s’est passé là-bas, la détresse d’une pauvre auteure inconnue, ça n’a vraiment aucune importance, n’est-ce pas?

J’ai de la peine. J’ai de la peine de vivre dans un monde aussi dégueulasse, dans lequel c’est possible de se faire tuer juste en sortant de chez soi et en se rendant dans un stade ou une salle de spectacle. Bien sûr, des événements comme ça, ça fait ressortir des beaux élans de compassion, de solidarité et d’entraide… (Mais est-ce que c’est vraiment nécessaire de toujours attendre qu’il y ait des morts pour ça?)… Mais ça reste qu’il y a des fous, un peu partout dans le monde, qui s’amusent à tuer des gens, juste pour le fun. Parce que ça les excite de faire du mal, de faire peur. Parce qu’il se sentent obligés de faire ça, pour faire plaisir à leur ami imaginaire. Je sais pas trop pourquoi. Je sais juste que ça me donne mal au coeur. Ça fait souffrir ma foi en l’humanité.

C’est pour ça que je déteste regarder les nouvelles. Me faire imposer de regarder ou d’entendre les nouvelles, plutôt, car je ne les regarde jamais de mon plein gré. Je sais que le monde est dégueulasse. Je n’ai pas besoin de me le faire rappeler un peu à chaque jour. J’aime mieux chercher des raisons de croire que le monde est beau malgré tout, que la vie est géniale, que l’amour existe, qu’il y a des êtres humains qui font des choses dignes d’admiration.

C’est rare que je parle des événements de l’actualité ici. Je viens d’en parler parce que je pense que, d’une certaine façon, ce qui s’est passé est relié à mon expérience au Salon littéraire. Pour les auteurs et les lecteurs à qui j’en ai parlé, à qui je l’ai montré, mon livre n’était qu’un roman fantastique parmi tant d’autres.

Mais moi (et les gens qui l’ont lu, peut-être) je sais que l’histoire de mon dragon témoigne, d’une certaine manière, de ma foi en l’humanité qui est souvent très fragile. Mon dragon pose des questions, met en lumière des injustices, des gestes stupides commis par les humains. Il amène à s’interroger sur soi-même, et sur plusieurs concepts qui font partie de nos vies. Je crois, ou j’ose espérer, qu’il propose aussi, de manière subtile, peut-être sans s’en rendre compte lui-même, des solutions à certains problèmes.

Est-ce que c’est ça que je devrais dire aux gens qui m’offrent quelques secondes d’attention pour que je leur parle de mon roman? Tout ça? Pas sûre que ça se place bien dans n’importe quelle conversation… Et puis, c’est toujours plus facile pour moi d’écrire que de parler.

Dans le fond, tout ce que je veux, c’est continuer à écrire des livres qui peuvent amener les gens à réfléchir, à se poser des questions. Des histoires qui peuvent inspirer les gens, les inciter à être eux-mêmes, à faire ce qui les rend heureux, à respecter tout ce qui se trouve autour d’eux, et à croire que le monde est beau, même quand il est laid.

Est-ce qu’un roman fantastique dont l’histoire est racontée du point de vue d’un dragon peut vraiment apporter un peu de positif dans le monde? Je crois que oui. Et je crois que mes prochains romans pourront avoir le même pouvoir. Je crois que JE peux avoir ce pouvoir. Que tout le monde le peut, dans le fond.

Le défi, c’est de continuer à y croire, jour après jour.

Trop, c’est comme pas assez

Il y a quelques jours, j’ai reçu un appel d’un représentant pour une compagnie de marketing, qui m’offrait ses services pour «augmenter la visibilité» de mon «entreprise» et «créer un site web qui répondrait à mes besoins et aiderait mes clients potentiels à me trouver».

J’ai eu beau lui dire que j’avais déjà mon propre site Internet, et que je n’avais pas besoin de ses services, il a insisté pour m’envoyer un courriel, et il m’a rappelé pour me demander si j’avais bien reçu son courriel, et puis il m’a rappelé pour me demander si j’avais bien reçu le courriel qu’il m’avait réenvoyé.

J’ai fini par lui faire comprendre que mon «entreprise», c’est d’être une artiste autonome… D’accord, je n’ai pratiquement jamais aucun client, mais même si je payais un certain montant chaque mois pour que des centaines de clients me trouvent sur Internet, et s’intéressent à mes services… eh bien je suis déjà assez occupée comme ça avec tous mes projets, je n’aurais pas le temps de dessiner des portraits ou des illustrations pour une centaine de clients, chaque mois.

Autrement dit, oui, ses services sont sûrement utiles et fiables, mais ils ne sont pas adaptés pour quelqu’un comme moi.

 

Il y a une semaine, j’ai lancé un nouveau projet Indiegogo, appelé Livrez au Suivant, qui a pour objectif d’offrir 10 copies de mon roman pour un prix réduit (pour un prix gratuit, en fait… parce que je demande 10$ pour chaque copie, ce qui correspond en moyenne au prix que ça me coûte pour envoyer un roman par la poste). En échange de cette aubaine, les lecteurs doivent s’engager à donner leur roman à une autre personne après leur lecture, dans le but de faire voyager mon histoire.

Le projet a aussi pour but de me lancer un défi… Chaque personne qui contribue doit m’envoyer une phrase de son choix, et je vais m’en servir comme première phrase d’une histoire courte que je vais écrire, le but étant de publier un recueil de nouvelles en version numérique, et de l’offrir aux gens qui auront participé.

Et puis, le tout est pour une bonne cause, puisque je prévois donner 50% de l’argent amassé à ma cousine, qui s’est inscrite au Challenge SRC et qui doit amasser des fonds pour la Société de recherche sur le cancer.

J’étais enthousiasmée par mon projet… Mais une semaine plus tard, seulement 4 personnes ont contribué: ma cousine, sa soeur, sa mère, et ma mère. Si la tendance se maintient, j’aurai 4 nouvelles à écrire…

Quel est le lien entre mon projet peu populaire, et mon histoire de représentant qui m’offre à répétition des services qui ne sont pas pour moi? Le voilà: la page Indiegogo de mon projet a été vue par plus d’une centaine de gens… Et j’ai reçu des dizaines de messages et de commentaires…

Mais ils ne proviennent pas de gens intéressés par mon projet. Ils proviennent de gens qui me proposent leurs services pour faire de la publicité pour mon projet, et le faire connaître à leurs réseaux de milliers de gens prêts à investir… Et le meilleur là-dedans, c’est que tous ces gens-là, qui me proposent leurs services, sont anglophones.

J’ai ajouté une brève description de mon projet en anglais, d’accord… Mais je doute qu’aucune de ces personnes-là ne l’ait lue.

En résumé, il faudrait que je donne 100$ ou 200$ à une, ou plusieurs quelconques firmes de marketing qui se spécialisent dans les projets de financement sur Indiegogo, pour qu’ils partagent mon projet avec leurs milliers d’investisseurs… qui ne parlent probablement pas un mot de français. Quelle offre! Quel investissement!

Même en supposant qu’il s’agisse d’un vrai bon investissement… est-ce que j’ai envie de passer le reste de ma vie à écrire des milliers de nouvelles pour des milliers d’investisseurs? Non. Sûrement pas.

J’aimerais seulement avoir le défi d’en écrire plus que 4.

Parce que 4 histoires courtes, ça ne fait pas un très gros recueil.

Conclusion: je n‘ai pas beaucoup de contacts, et je suis vraiment mauvaise pour me faire de la publicité… Mais au moins, je sais reconnaître quand un service de publicité n’est vraiment pas pour moi!