Le cycle, partie 2

Voici la deuxième partie de l’histoire Le cycle, qui complète la première partie que j’ai publiée dans mon blogue hier:

C’était un peu lourd, tous ces cossins-là, mais pas trop. Une fois en haut de l’escalier, j’ai échappé quelques boîtes vides par terre, mais je les ai bottées avec mon pied pour qu’elles atteignent la porte presque en même temps que moi. Je suis sorti de la maison et j’ai marché jusqu’au bord de la rue, où j’ai laissé tomber les maudites vieilles boîtes par terre.

Je suis resté planté là quelques secondes, peut-être quelques minutes, pour essayer de me calmer un peu. L’air était un peu froid, et j’avais l’impression de me sentir observé. Un peu comme si la maison me regardait…

J’avais beau chercher une explication à ce qui s’était passé, je n’en trouvais aucune. Qu’est-ce qui s’était passé dans la maison? Qu’est-ce qui s’était passé? Ce n’était pas mon imagination, j’avais vraiment entendu une voix. Est-ce que c’était une voix… de fantôme?

Je me suis retourné, et j’ai vraiment fait le saut en voyant qu’il y avait un vieil homme derrière moi. Il m’a souri, d’un genre de sourire gêné, comme pour s’excuser de m’avoir fait peur. Peut-être que ce n’était pas un fantôme.

– Bonsoir, m’a-t-il dit. Vous venez d’emménager?

J’ai hoché la tête.

– Oui. Vous êtes mon voisin?

– J’habite à côté, oui, a-t-il répondu en montrant sa maison. Est-ce que vous êtes seul?

Il ne me montrait bien sûr pas la maison vide que j’avais nettoyée par erreur, mais l’autre, de l’autre côté. J’ai encore hoché la tête.

– Non… Ma femme et mon fils vont venir me rejoindre demain.

– Vous avez un fils?

Il a dit ça en haussant les sourcils, avec une genre de lueur d’espoir bizarre dans les yeux. J’espérais que je n’avais pas affaire à un prédateur sexuel, ou quelque chose du genre.

J’ai hésité un peu, puis je lui ai répondu:

– Oui, un grand garçon… Et ma femme est enceinte, la famille va s’agrandir très bientôt.

Là, il a eu l’air soulagé, un peu comme s’il avait eu peur d’avoir une maladie grave, et qu’un docteur venait de lui dire que finalement, tout allait bien. Il a marmonné quelque chose, plus pour lui-même que pour moi. J’ai cru l’entendre dire que le cycle serait peut-être brisé, ou quelque chose comme ça.

– Qu’est-ce que vous dîtes? Le cycle? Le cycle de quoi?

Il a hoché la tête, comme pour essayer de me faire comprendre que ce n’était pas important, mais en sachant qu’il n’avait pas l’air très convaincant.

– Ça fait plusieurs années que la maison est en vente… Votre nouvelle maison, oui. Tous les couples qui l’ont déjà achetée n’avaient pas d’enfant, et… Enfin, ils ont déménagé, ils sont repartis rapidement. Très rapidement.

– Et? Qu’est-ce que vous voulez dire?

Il s’est retourné pour regarder sa maison à lui, un peu comme s’il se cherchait une excuse pour partir sans rien m’expliquer. Il a fallu que j’insiste pour qu’il finisse par ajouter quelque chose, en parlant à voix basse.

– Des choses se sont passées dans cette maison, vous comprenez… Ma fille… Ma fille y est déjà entrée, et elle a eu des problèmes. Toutes sortes de choses se sont passées…

Il a dû remarquer que ses confidences bizarres me faisaient peur. Il a changé de ton, et il a réussi à s’accrocher un sourire amical sur la bouche, même si ses yeux avaient encore l’air inquiet.

– Mais ce n’est pas important! Je suis sûr que tout va bien aller… Bienvenue dans le quartier, et bonne nuit!

Avant que j’aie le temps de lui répondre, il a tourné les talons et il s’est enfui. J’ai jeté un dernier coup d’œil sur la pile de vieilles boîtes que j’avais sortie de ma cave, puis je suis retourné chez moi.

J’ai refermé la porte de la cave, je me suis lavé les mains parce qu’elles étaient un peu poussiéreuses à cause des boîtes, puis je me suis recouché en me demandant de quoi mon nouveau voisin étrange parlait.

J’ai vraiment mal dormi. J’ai encore entendu la voix bizarre qui m’appelait, et plusieurs petits bruits louches que j’essayais d’ignorer. Je ne suis pas certain de croire aux fantômes, mais là, je me demandais sérieusement si je n’avais pas acheté une maison hantée. Il y avait une voix qui sortait de nulle part, il y avait des bruits, et il y avait quelque chose qui ne marchait pas, quelque chose qui n’était pas normal. Est-ce que ma famille pourrait être en danger dans cette maison? Est-ce que j’allais finir par devenir fou si j’y restais trop longtemps?

C’est aujourd’hui, donc, que j’emménage dans ma nouvelle maison. Ma femme m’a appelé, tout à l’heure, pendant que je déjeunais. Elle trouvait que je n’avais pas l’air très enthousiaste, mais je lui ai dit que tout allait bien. Qu’est-ce que j’aurais pu lui dire d’autre? Elle m’a dit qu’elle passerait chercher notre fils, puis qu’ils me rejoindraient ici pour continuer de défaire nos boîtes.

Je sursaute en entendant frapper à la porte. J’abandonne la boîte de livres que j’étais en train de vider, et je vais les accueillir. Mon grand garçon est content de me voir. Il me saute dans les bras, mais il me demande où est passé le grand camion. Je lui explique que le camion est retourné chez lui, mais je ne lui dis pas, bien sûr, que j’ai un peu peur de devoir le rappeler bientôt pour qu’il vienne nous emporter loin de cette maison, loin de cette maudite maison. Je le serre fort dans mes bras. Il me sourit, et il y a quelque chose de spécial dans son regard, comme s’il s’inquiétait pour moi. Je me force pour lui sourire aussi, puis je le repose par terre. Plutôt que d’aller explorer la maison, il reste près de moi.

– Est-ce que ça va? me demande ma femme. T’as l’air bizarre à matin…

Je hoche la tête. Elle me dévisage avec ses beaux grands yeux bruns. Dans la lumière du matin, les traits un peu fatigués, sans maquillage, je la trouve tellement belle! J’ai l’impression que je suis en train de me réveiller après un cauchemar vraiment étrange, et de comprendre, petit à petit, que ce qui m’est arrivé n’était pas réel, et que tout va bien.

– Non, ça va… J’ai juste très mal dormi… J’ai fait un mauvais rêve, je pense. Oui, c’est ça… juste un mauvais rêve!

Elle hausse les sourcils, puis me sourit. Je sais pourtant que ce n’était pas un rêve. Je ne suis pas fou; j’ai vraiment entendu une voix qui disait mon nom, et notre nouveau voisin m’a vraiment raconté des drôles de choses. Ce n’était pas un rêve, mais je sens quand même que c’est terminé.

Je m’approche d’elle, je la prends dans mes bras, je la prends par surprise en même temps. Je lui dis que je l’aime, je la serre fort. Elle répond qu’elle m’aime aussi. Notre grand garçon veut se joindre à notre câlin, je le reprends dans mes bras, on se serre fort, tous les trois, et on se dit qu’on s’aime en ricanant. C’est beau, réconfortant et émouvant, comme le genre de films plates que ma femme aime, parce qu’ils la font pleurer.

Quand notre moment émotif est fini, on se lâche, mais en restant proches. Ensemble, on se met au travail. Il nous reste encore beaucoup à faire pour nous installer chez nous, mais on va y arriver. On est beaux, on est bons, on est capables!

La journée se passe dans la bonne humeur. Je n’entends plus la voix bizarre, et surtout, surtout, je sens qu’il n’y a plus rien de bizarre. Peu importe ce qui ne marchait pas avec notre maison, je pense que c’est fini, maintenant. C’est réparé. Il n’y a plus rien d’étrange, plus rien de menaçant.

C’est simplement notre maison, notre nouvelle maison à tous les trois; bientôt, ce sera notre nouvelle maison à tous les quatre. Je pense que je ne comprendrai jamais ce qui s’est passé, mais j’ai l’impression, comme me l’a dit mon nouveau voisin, que tout va bien aller pour nous.

-Fin-

Le cycle, partie 1

Ma mère Michelle Bouchard a été la première personne à relever le défi qui se trouve à la fin de mon Mini Livre Gratuit! Elle a donc pu me donner une phrase de son choix, pour que j’écrive pour elle une petite histoire, dans le style de son choix.

Comme ma mère adore l’histoire La maison sanglante, elle a voulu que j’écrive une nouvelle suite à cette histoire…

En fait, c’est un peu plus compliqué que ça! On pourrait dire que c’est la fin du cycle de l’histoire de la maison sanglante… Pour lire le tout dans l’ordre, vous pouvez lire:

  1. La maison sanglante, dans mon blogue ou dans mon recueil Ourse Ardente et 15 autres histoires
  2. Hémorragie, dans mon Mini Livre Gratuit
  3. Méchant ménage, dans mon recueil Ourse Ardente et 15 autres histoires

Et enfin, Le cycle. Comme l’histoire fait 5 pages, j’en publie la première partie ici, et la deuxième partie sera publiée demain!

Sans plus tarder, voici donc…

Le cycle

Après avoir fait accidentellement le ménage chez mon voisin, c’est aujourd’hui que j’emménage dans ma nouvelle maison. En fait, c’est un peu plus compliqué que ça.

Quand j’ai expliqué la situation à mon frère et à Keven et Marc, mes deux meilleurs chums, ils ont ri de moi sur le coup, comme je m’y attendais. Puis, ils ont réalisé que ça voulait dire qu’on avait travaillé pour rien toute la journée, et que ma nouvelle maison, ma vraie nouvelle maison, était encore sale. Là, c’était un peu moins drôle.

On a déménagé notre stock dans la maison d’à côté, et on a à peine eu le temps de commencer à manger nos pizzas avant de voir le camion des déménageurs arriver. Ma femme les suivait avec sa voiture, mais notre grand garçon de 4 ans était monté avec eux dans le camion. Je suis sorti à l’extérieur pour les accueillir.

Il a fallu que j’explique mon erreur à tout le monde. Les déménageurs avaient l’air grognon, comme si ça les concernait… Ce n’était pourtant pas leur problème que je me sois trompé, et que notre nouvelle maison soit pleine de poussière! Je leur ai assuré que ça ne changeait rien, et qu’ils n’avaient qu’à faire leur travail comme prévu. Ils ont commencé à décharger le camion, et même s’ils ne grognaient plus, je ne les ai pas trouvés très professionnels.

Mais ma femme… Je m’attendais soit à ce qu’elle soit fâchée, soit à ce qu’elle rie de moi. En tout cas, j’étais certain qu’elle allait me traiter de cave. Mais non… Elle avait l’air plus surprise que fâchée. Puis, quand je l’ai vue fixer la maison, le teint blême, en posant une main sur son ventre, j’ai commencé à m’inquiéter. Je me suis rappelé ce que le docteur avait dit: que le moindre effort, le moindre choc ou la moindre surprise pouvait être dangereux pour le bébé. Je lui ai dit que ce n’était pas grave, que mon frère et mes chums allaient m’aider à nettoyer notre vraie maison, et qu’elle n’avait pas à s’inquiéter de rien. Je lui ai aussi dit que j’appellerais mon boss pour lui dire que je n’avais pas le choix de prendre une autre journée de congé demain. Surtout, je lui ai suggéré d’aller se reposer dans une chambre d’hôtel; j’avais vu qu’il y en avait un pas très loin de notre nouveau quartier, et je me suis dit que ça serait mieux pour elle que de passer la nuit dans une maison sale et en désordre. Elle a fini par accepter. Je lui ai fait promettre de m’appeler si quelque chose n’allait pas, je l’ai embrassée, elle a embrassé notre grand garçon, puis elle est partie.

J’ai regardé son auto s’éloigner, puis je suis allé aider les autres à décharger le camion. On a décidé de rassembler les meubles et les boîtes au milieu des pièces, surtout au milieu du salon. Comme ça, ça nous laisserait le champ libre pour faire le ménage; et surtout, je ne savais pas trop comment placer tous nos meubles, et je sentais que les déménageurs avaient hâte de nous quitter, alors j’ai décidé de réfléchir à l’aménagement de la maison un peu plus tard.

Pendant ce temps-là, mon grand garçon était tranquille. Il est resté dehors parce qu’il était vraiment fasciné par le camion de déménagement. Marc lui a demandé s’il avait envie de devenir un déménageur plus tard, et il a répondu que non, qu’il avait juste envie d’avoir un gros camion. Moi, je lui ai dit que c’était important de croire en ses rêves!

Vers 5h, mon frère est venu me dire qu’il fallait qu’il parte chercher son fils à la garderie. Il était désolé de ne pas pouvoir nous aider plus longtemps, mais il m’a proposé d’amener mon grand garçon avec lui et de s’occuper de lui jusqu’à demain.

Quand les déménageurs ont fini par partir eux aussi, je me suis retrouvé tout seul avec Keven et Marc, dans une maison remplie de meubles, de boîtes, de poussière et de saleté. Au moins, on avait encore de la bière et de la pizza! On s’est tous entendus pour dire que la pizza froide, c’était encore meilleur que la pizza chaude, alors on a mangé et on a bu en masse, pour se donner des forces et du courage.

Je vous épargne la description de tout ce qu’on a fait du reste de notre journée. On a eu beaucoup, beaucoup d’époussetage à faire, mais au moins, notre stock de nettoyage était déjà sorti et prêt à être utilisé. Il a juste fallu que je fouille dans quelques grosses boîtes pour trouver mon aspirateur. On a aussi installé les électroménagers et le lit.

Finalement, en fin de soirée, les gars sont partis, épuisés de leur journée, mais bien contents d’avoir pu me donner un coup de main, deux fois plutôt qu’une. Je les ai remerciés en leur disant que je leur en devais une, et même, deux. Keven m’a proposé de revenir m’aider à finir de placer mes meubles le lendemain, en après-midi, et je lui ai dit qu’il était le bienvenu. Plus on est de fous, plus on s’amuse, le gros! Les meilleurs chums, ça sert à ça, n’est-ce pas?

Une fois seul dans mon salon, j’ai appelé ma femme pour prendre de ses nouvelles. Elle m’a dit qu’elle allait bien, et elle m’a demandé comment ça s’était passé. Je lui ai répondu que ça avançait bien, et que mon frère s’occupait de notre grand garçon jusqu’à demain. Elle a proposé d’aller le prendre demain matin, en revenant ici. On s’est souhaité bonne nuit, puis, j’ai raccroché.

Là, je sais pas trop ce qui s’est passé. J’ai commencé à me sentir bizarre. Pas comme s’il y avait eu quelque chose de passé date sur nos pizzas, non… C’était plus bizarre que ça. On dirait que je me sentais observé, ou juste qu’il y avait quelque chose qui ne marchait pas avec la maison. Oui, c’était ça; il y avait quelque chose qui ne marchait pas avec la maison. Quelque chose de différent de quand je l’avais visitée pour la première fois avec ma femme. Quelque chose qui n’était pas là quand j’étais avec les déménageurs et avec mes chums, mais quelque chose qui était là, maintenant. Je sais pas trop comment expliquer ça, mais bref, je me sentais bizarre.

J’ai continué à défaire des boîtes, en me parlant tout seul… comme si ça allait m’aider à me sentir plus normal! Je devais plutôt avoir l’air pas mal niaiseux. J’ai fait le lit pour pouvoir me coucher et être confortable, et ensuite j’ai sorti ce qu’il me fallait et j’ai pris une douche.

Une fois propre, je me suis couché, mais dès que ma tête a touché mon oreiller, j’ai eu l’impression d’entendre quelque chose. Une voix. Quelqu’un avait parlé. J’ai retenu ma respiration, et j’ai entendu la voix une deuxième fois. Elle venait du salon. Je me suis assis dans mon lit, et j’ai demandé s’il y avait quelqu’un; oui, comme ils font toujours dans les films d’horreur, et chaque fois, je me dis que c’est niaiseux, mais là, je l’ai fait moi-même. «Est-ce qu’il y a quelqu’un?» C’est clair que si c’est un fantôme, un monstre, ou quelqu’un de dangereux, il ne va pas répondre.

La voix a répondu. Elle a juste dit mon nom, je l’ai entendu très clairement. Je me suis presque jeté en bas de mon lit, et je me suis précipité dans le salon, sans réfléchir.

Les meubles du salon étaient placés n’importe comment, avec des piles de boîtes au milieu de la pièce. Si quelqu’un avait été caché là, j’aurais eu de la misère à le trouver. Mais il n’y avait personne, j’ai vérifié; et pendant que je faisais le tour de la pièce en me cognant les orteils sur quelques boîtes au passage, la maudite voix bizarre continuait de dire mon nom. Je n’ai pas osé ouvrir la lumière, je ne sais pas trop pourquoi. Il y avait de la lumière qui venait de la rue, et qui entrait par la grande fenêtre sans rideaux, mais il y avait surtout des ombres et des coins sombres, à cause des boîtes. Il y avait de la lumière, des ombres, moi qui pognais les nerfs, mais personne d’autre.

J’ai aussi fait le tour de la cuisine, puis de toutes les pièces. J’ai regardé par les fenêtres, puis dans les armoires de la cuisine, dans les garde-robes, dans le bain… J’ai même regardé sous mon lit! Il n’y avait personne, juste une voix, comme une voix de fantôme qui m’appelait.

Là, je vous mentirais si je vous disais que je n’avais pas peur. Bien sûr que j’avais peur. Je n’ai pas pensé une seule seconde que c’était peut-être un de mes chums qui m’avait fait un tour. Il y avait quelque chose qui ne marchait pas, qui ne marchait vraiment pas. Je le sentais.

Si j’avais eu des bouchons pour les oreilles, peut-être que je les aurais mis et que j’aurais essayé de dormir… Peut-être. Mais je n’avais pas de bouchons, j’étais fatigué de ma journée, et même si j’avais peur, j’ai eu l’idée de descendre dans la cave de la maison. Il n’y avait personne à l’étage, mais peut-être dans la cave?

J’ai allumé la lumière de la cave, et je suis descendu, en disant à voix haute que si quelqu’un était caché là, il avait intérêt à se taire et à sortir de ma maison au plus vite. Et c’est là que je les ai vues: les boîtes. Je les avais vues quand on avait visité la maison pour la première fois, et je me demandais, plus tôt aujourd’hui, quand j’étais dans la cave de la maison voisine, pourquoi elles n’étaient pas là. Les maudites boîtes…

La voix continuait à m’appeler, elle parlait encore plus fort que quand j’étais dans le salon, mais je me suis mis à crier pour essayer de l’enterrer. Je lui ai crié de se la fermer, et entre deux «Ta gueule!» je chialais que j’étais tanné de faire du ménage, et que j’allais sacrer toutes ces boîtes-là dehors, et qu’après j’irais me coucher, et que rien n’allait m’en empêcher… Je pense que j’étais pas juste fâché, j’étais en train de virer fou. En plus, la cave puait vraiment, et ça n’aidait pas mon humeur.

J’ai donné des coups de pied dans les piles de boîtes, j’ai défait celles qui étaient vides, et je les ai empilées dans celles qui ne l’étaient pas, sans prendre la peine de regarder quelles cochonneries il y avait dans le fond. J’ai ramassé ma pile difforme de vieilles boîtes, et je suis remonté en haut.

… À suivre!

(Ah oui, aujourd’hui, c’est le 35e anniversaire de mariage de mes parents… Bon anniversaire maman et papa!)

Un mini livre gratuit pour tous

Voici mon troisième et avant dernier blogue dans ma série de 4 blogues pour commencer l’année 2017 du bon pied!

Contrairement à ce que pourrait faire croire son titre, ce blogue ne contient pas de mini livre gratuit (quoi qu’encore une fois je vous invite, si ce n’est pas déjà fait, à télécharger gratuitement mon recueil d’histoires courtes «Ourse Ardente et 15 autres histoires», pour un temps limité! Vous pouvez le trouver sur Amazon, sur Smashwords, et à plusieurs autres endroits dans les confins de l’internet.)

Par contre, ce blogue parle d’un projet de mini livre gratuit, qui a justement un lien avec mon recueil «Ourse Ardente».

En novembre 2016, j’invitais mes nombreux fans à voter pour l’histoire qu’ils avaient préférée dans mon recueil. J’avais écrit, et je cite: «J’écrirai une suite pour les 2 histoires qui auront reçu le plus de votes, et j’en ferai un petit recueil en version numérique qui sera offert gratuitement sur mon site internet! Dans ce mini recueil, il y aura 4 histoires courtes: les 2 histoires gagnantes, et leur suite. Il y aura peut-être aussi quelques surprises, si je suis inspirée…»

Il y a eu très peu de votes, mais quand même assez pour sélectionner 2 histoires: La maison sanglante, et Opération Corrida.

J’ai commencé à écrire la suite de l’histoire Opération Corrida, mais je n’ai pas encore commencé à penser sérieusement à la suite de La maison sanglante… on verra ça en temps et lieux!

Eh oui, la suite d'Opération Corrida s'appelle Le Matador! C'est concept, hein?

Eh oui, la suite d’Opération Corrida s’appelle Le Matador! C’est concept, hein?

Je suis donc en train de préparer un petit livre que tout le monde pourra télécharger gratuitement… Il s’appellera peut-être «Mini livre gratuit», à moins que je ne trouve une meilleure idée d’ici à sa publication!

Quand il sera prêt, il sera de votre devoir de le télécharger, de le lire, mais aussi et surtout, de le partager avec tous les gens que vous connaissez afin de leur faire découvrir des exemples de mes histoires et de leur faire apprécier mon talent, ce qui m’aidera petit à petit dans ma conquête du monde… ou quelque chose comme ça.

Je parlerai du livre dans mon blogue quand il sera prêt, mais vous pouvez aussi vous inscrire à ma liste de diffusion pour le recevoir directement dans votre boîte de réception!

La maison sanglante

Mon lancement virtuel est terminé. Merci à tous les participants!

Mon lancement virtuel est terminé. Merci à tous les participants!

L’histoire qui a obtenu le plus de votes (2 votes!) sur la page Facebook de mon lancement virtuel est: La maison sanglante.

Voici donc cette histoire, tirée de mon recueil Ourse Ardente et 15 autres histoires

La maison sanglante

La maison sanglante venait de faire une nouvelle victime, mon pied bleu en témoignait. J’avais grandi à côté de cette maison, sans savoir que j’y entrerais un jour. En fait, j’ai toujours espéré ne jamais avoir à y entrer.

La maison ressemblait à celle de mes parents, et à toutes celles du quartier. Ce qui la distinguait des autres, en apparence, c’était la couleur de ses briques. Alors que ses voisines présentaient des façades d’un gris banal ou d’un brun terreux, les briques de la maison sanglante étaient rouges. Si la couleur de la maison ne nuisait pas à sa réputation, elle n’était pas la principale raison pour laquelle les enfants, et même les adultes du quartier l’appelaient par ce nom particulier depuis plusieurs années.

Lorsque j’étais jeune, les enfants du voisinage se réunissaient au parc, et se racontaient souvent des histoires de peur, comme on les appelait. Les histoires les plus populaires concernaient toujours la maison sanglante. On disait, entre autres choses, que la maison était maudite, et que tous les gens qui y entraient se mettaient à saigner sans aucune raison, et qu’ils saignaient, saignaient… Jusqu’à ce qu’ils sortent de la maison sanglante… ou jusqu’à ce qu’ils meurent.

Bon, d’accord, mon pied ne saignait pas. Il était marqué d’une grande tache bleue, traversée par la sangle de ma sandale. Un bleu… Oui, je saignais, mais de l’intérieur seulement.

Comme j’habitais dans la maison grise à gauche de la maison sanglante, les histoires qui la concernaient me faisaient particulièrement peur. Je n’avais jamais vu les gens qui y habitaient. Je savais seulement qu’ils n’avaient pas d’enfant.

Un jour, j’ai entendu mes parents dire que la maison sanglante avait fait une nouvelle victime. Je n’avais jamais entendu aucun adulte appeler la maison ainsi, mais quand j’ai questionné mes parents, ils ont refusé de m’en dire davantage. Ce n’est que plusieurs années plus tard, un ou deux ans avant que je ne parte dans mon premier appartement, je crois, qu’ils m’ont parlé de ce qu’ils savaient à propos de la maison. Ils m’ont dit qu’au cours des années, plusieurs jeunes couples y ont emménagé. La plupart sont partis après seulement quelques semaines. Ceux qui sont restés plus longtemps ont fini par sortir aussi, la femme étendue sur une civière, et l’homme, assis à l’arrière d’une voiture de police. Ou l’inverse. À partir de ce moment, j’ai commencé à voir la maison sanglante sous un autre angle. Elle projetait subitement une nouvelle image, plus digne d’un film d’horreur inspiré de faits réels que d’une série d’histoires racontées par des enfants.

J’ai déménagé, à l’autre bout de la ville. Chaque fois que je visitais mes parents, je ne pouvais pas m’empêcher de jeter un oeil à la maison sanglante, et d’imaginer tout ce qui avait pu se passer derrière ses murs rouges. Mais je n’avais jamais cru qu’un jour, je serais obligée d’y entrer.

En fait, j’aurais pu dire non. Mais je n’ai rien dit, parce que je me voyais mal en train d’expliquer à ma patronne que je ne voulais pas aller faire du ménage dans la maison sanglante, parce que j’avais peur d’y mourir. Je travaille pour une compagnie d’entretien ménager résidentiel, et nous sommes souvent engagés par des familles qui s’apprêtent à déménager, ou à s’installer dans une nouvelle demeure, et qui tiennent à ce que tout soit propre. Quand Andrée m’a donné l’adresse de la maison qu’un jeune couple très pointilleux venait d’acheter, et souhaitait voir briller de propreté, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de la maison sanglante. Mais je n’ai rien dit.

Je suis partie avec Marie-Sophie, une de mes collègues. Elle a stationné sa voiture dans l’allée de la maison sanglante, devant laquelle le panneau «À vendre» était maintenant bel et bien surmonté d’une affiche sur laquelle «Vendue» était écrit, en lettres blanches sur fond rouge.

Nous sommes entrées à l’intérieur. Marie-Sophie est entrée la première, et je marchais derrière elle, en tentant de camoufler ma nervosité. Mon imagination m’avertissait que l’intérieur de la maison serait sinistre, que les planchers seraient incrustés de taches de sang séché, et que des bruits inquiétants se feraient entendre, semblant provenir de l’intérieur des murs.

Tout en étant rassurée, j’étais, je dois l’admettre, un peu déçue. L’intérieur de la maison sanglante n’avait rien de sinistre. Des pièces vides où flottait une légère odeur d’humidité. Des murs blancs, à la peinture un peu défraichie. Quelques toiles d’araignées qui pendaient du plafond. Ce qui me troublait le plus, en fait, c’était le fait que la disposition du salon, de la cuisine, de la salle de bain et des chambres était exactement la même que celle de la maison de mes parents. Cela n’avait, en fait, rien de surprenant; toutes les maisons du quartier étaient, je crois, construites selon le même modèle. Mais j’avais l’impression d’être dans la maison de mes parents, si celle-ci se retrouvait subitement vide, inhabitée, sans vie, et je me sentais un peu mal à l’aise, sans trop savoir pourquoi.

Comme à son habitude, Marie-Sophie avait apporté sa petite radio. Elle disait souvent, en plaisantant, que si un jour elle devait travailler sans musique, elle en mourrait d’ennui. Elle a donc allumé la radio, et nous avons commencé à nettoyer les armoires de la cuisine.

Au bout d’une heure, peut-être deux, la radio a produit une sorte de crépitement, et elle s’est arrêtée. Après avoir inspecté sa fidèle amie, Marie-Sophie a déclaré que les piles avaient coulé, et qu’elle n’en avait pas d’autres dans sa voiture. Déçue, elle s’est remise au travail.

Un peu plus tard, elle s’est mise à se plaindre de maux de ventre, qu’elle disait atroces. Nous avons terminé notre grand ménage de la cuisine, et nous avons commencé à épousseter le salon, puis le corridor qui menait à la salle de bain. Marie-Sophie n’a pas arrêté de se plaindre. De plus en plus agacée, j’ai fini par lui dire que si elle avait trop mal au ventre pour travailler, elle n’avait qu’à partir. Elle m’a écoutée… Elle m’a dit qu’elle allait se reposer chez elle, et qu’elle reviendrait m’aider plus tard. Ma gorge s’est serrée lorsque j’ai entendu la porte se refermer derrière elle. J’étais maintenant seule. Seule, dans la maison sanglante.

J’ai continué à travailler, mais sans vraiment m’appliquer. Mes parents m’ont toujours répété que tout ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait. Cependant, je n’avais pas l’intention d’appliquer ces sages paroles dans ma situation actuelle. J’étais seule dans la maison sanglante, et je n’avais qu’une envie, et qu’un but: en sortir le plus rapidement possible. Et puis, de toute façon, les chambres de la maison n’étaient pas vraiment sales. Je les ai époussetées rapidement, avant de m’attaquer à la salle de bain.

J’étais assise sur le rebord du bain, à me demander pourquoi j’avais un aussi gros bleu sur le pied alors que je ne me souvenais pas de m’être cognée nulle part, quand tout à coup, mon téléphone cellulaire a sonné.

J’ai sursauté, puis j’ai couru jusqu’à la cuisine, là où j’avais laissé mon téléphone, sur le comptoir. J’ai répondu, pour entendre la voix paniquée d’Élisabeth, la soeur de Marie-Sophie, me dire que ma collègue avait été amenée à l’hôpital, et qu’elle souffrait d’une hémorragie interne au niveau de l’estomac. Sans écouter les détails, et sans laisser ma voix dénoncer mes émotions, je l’ai remerciée de m’avoir donné des nouvelles, et j’ai raccroché.

Une hémorragie interne. Marie-Sophie était elle aussi victime de la malédiction de la maison sanglante. Je me suis dit que ce n’était qu’une coïncidence, et que tout irait bien. Malgré tout, la nervosité que j’avais ressentie en entrant dans la maison ne faisait qu’augmenter.

J’ai eu une soudaine envie de sortir de la maison en courant, d’entrer chez mes parents, et de leur dire que j’avais la preuve qu’il se passait des choses anormales dans la maison sanglante, et que je ne voulais pas y retourner. J’aurais pu partir, prétendre que la maison était maintenant propre, et fuir le danger, ou, du moins, mes responsabilités…

Je sais ce qui se serait passé: mes parents se seraient moqués de moi, et le couple qui a acheté la maison se serait plaint de mon travail mal fait. Je n’allais quand même pas laisser la maison sanglante faire une tache sur ma réputation au travail!

J’ai fermé les yeux et j’ai pris quelques longues et lentes respirations. Lorsque j’ai ouvert les yeux, je me trouvais toujours dans la maison, mais je me sentais beaucoup plus calme. Un peu plus calme.

J’ai repris mon téléphone, et j’ai appelé Andrée. Je lui ai dit que Marie-Sophie était à l’hôpital, et que j’aimerais avoir du renfort. Elle m’a répondu que personne ne pouvait venir pour le moment, mais qu’elle m’enverrait quelqu’un dès que possible. Je suis retournée dans la salle de bain, et j’ai continué mon travail.

Lorsqu’un bruit s’est fait entendre un moment plus tard, j’ai cru que quelqu’un frappait à la porte. J’ai couru jusqu’à la porte… Il n’y avait personne. Je suis retournée dans la salle de bain une fois de plus, et j’ai terminé de tout nettoyer.

Je m’étais occupée de la cuisine, du salon, des corridors et des chambres, et la salle de bain était maintenant propre. Il ne restait plus que le sous-sol.

Le sous-sol… Combien existe-t-il de films d’horreur dans lesquels le danger se trouve dans le sous-sol? Qu’il s’agisse d’une maison hantée ou non, la cave est toujours un endroit lugubre, sombre, inquiétant, où se cachent des fantômes, des tueurs, des psychopathes, des cadavres, ou de terribles secrets… Qu’allais-je trouver dans le sous-sol de la maison sanglante?

En m’approchant de l’emplacement des escaliers menant au sous-sol dans la maison de mes parents, je me suis trouvée face à une porte. Dans la maison de mes parents, il n’y a pas de porte à cet endroit. J’ai ouvert la porte en question. Il s’agissait bien des escaliers du sous-sol, et non d’un garde-robe.

J’ai reculé d’un pas, comme si j’avais peur que la poignée de la porte ne me morde. Une porte! Les caves fermées par des portes sont les pires! C’est là qu’en plus de se trouver nez à nez avec des fantômes, des tueurs, des psychopathes ou des cadavres, on se fait enfermer avec eux. Et il fallait que moi, maintenant, je descende les escaliers menant au sous-sol de la maison sanglante!

J’ai à nouveau fermé les yeux, et respiré calmement. J’étais seule, armée de chiffons et de produits nettoyants, et il fallait que je descende. Je n’avais pas le choix… Mais je pouvais au moins faire en sorte d’être certaine que la porte de la cave ne se refermerait pas derrière moi. J’ai regardé tout autour de moi, et j’ai aperçu la radio de Marie-Sophie, dans un coin de la cuisine. Je m’en suis emparée et, après quelques tentatives, j’ai réussi à m’en servir pour bloquer la porte. Armée de mes produits d’entretien, j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai posé mon pied bleu sur la première marche des escaliers.

Rien ne s’est passé. J’ai repéré l’interrupteur et j’ai appuyé dessus, en m’attendant à ce que la lumière du sous-sol refuse de s’allumer. La lumière s’est allumée. Jusqu’ici, tout allait bien. J’ai descendu une deuxième marche, puis une troisième, lentement, avec précaution. J’ai atteint le sol de ciment glacé, puis je me suis retournée pour faire face à ce qui m’attendait. Dans la pièce principale du sous-sol, des boîtes étaient empilées. La porte du fond, qui chez mes parents menait à une chambre froide, était fermée.

Je me suis interrogée sur la présence de toutes ces boîtes. Avaient-elles été apportées ici par les nouveaux propriétaires… ou oubliées par les anciens propriétaires? Étrangement, le sous-sol paraissait normal. Il n’était ni inquiétant ni lugubre, et je n’y ai pas vu la moindre toile d’araignée. Mais une odeur écoeurante flottait dans l’air, comme pour me prouver que malgré l’apparente propreté des lieux, mes services étaient bel et bien requis.

C’est alors que je l’ai remarquée… Sur une grosse boîte de carton qui avait été placée un peu à l’écart des autres, le mot «Cadavres» avait été écrit au feutre noir. Mon coeur s’est mis à se débattre comme s’il voulait s’enfuir, sans la coopération de mes jambes et du reste de mon corps.

Voyons… Un meurtrier n’aurait pas caché les corps de ses victimes dans une boîte de carton placée au milieu de son sous-sol. Et il n’aurait certainement pas pris le temps d’écrire «Cadavres» sur le côté de cette boîte, en grosses lettres noires bien visibles!

Mon coeur s’est calmé un peu, mais il n’était pas tout à fait rassuré. Je me suis approchée de la boîte, d’un pas prudent. N’osant pas l’ouvrir pour regarder à l’intérieur, je l’ai poussée légèrement du bout de mon pied. La boîte m’a semblé vide. J’ai osé l’ouvrir. Il n’y avait rien à l’intérieur.

J’ai jeté un coup d’oeil rapide aux autres boîtes. Une seule autre portait une inscription en lettres noires: «Père Noël». Je me suis dit que la boîte vide contenait probablement des décorations d’Halloween, des zombies, ou quelque chose comme ça.

Alors que je m’interrogeais sur le contenu possible des autres boîtes, un son strident m’a fait sursauter. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de la sonnerie de mon cellulaire, que j’avais laissé sur le comptoir de la cuisine.

Plutôt que de me précipiter jusqu’à l’escalier pour aller chercher mon téléphone, je suis restée immobile, incertaine. Ce n’était pas mon téléphone… C’était de la musique. La radio de Marie-Sophie! S’était-elle mise à jouer toute seule? Et les piles… elles avaient coulé!

De plus en plus terrifiée, j’ai entendu la porte se fermer subitement avec un claquement sec. La porte! J’ai couru jusqu’au bas de l’escalier, que j’ai escaladé d’un trait. Mes mains ont tourné et tiré la poignée de la porte, mes poings se sont fracassés contre elle, et j’ai crié…

Puis, je me suis tue. Le silence n’était brisé que par la musique, qui continuait à jouer comme pour témoigner d’une présence. J’étais enfermée dans le sous-sol de la maison sanglante.

Je suis redescendue, abattue et horrifiée. Si j’avais été capable de réfléchir, j’aurais peut-être réussi à trouver une explication rationnelle à ce qui venait de se passer. Mais j’étais incapable de réfléchir. J’étais enfermée dans le sous-sol de la maison sanglante, j’avais peur, et je voulais que quelqu’un vienne me chercher, me dise que tout allait bien, et m’emmène à l’extérieur. Le sous-sol n’avait pas changé, mais je le percevais maintenant d’une manière différente. L’endroit dégageait toujours une odeur terrible, mais l’air semblait maintenant transporter une sorte de menace invisible. Je suis remontée, j’ai frappé à la porte, j’ai crié, puis je suis redescendue. Je l’ai fait plusieurs fois. Puis, je me suis résignée.

Je me suis assise sur la dernière marche de l’escalier. J’ai posé les yeux sur mon pied, et il m’a semblé que la tache bleue qui le couvrait était maintenant plus large, et plus sombre. J’ai fermé les yeux pour essayer de me calmer. Quelqu’un allait bien finir par se demander où j’étais passée! Quelqu’un allait venir me chercher… Il était tout simplement impossible que je reste enfermée dans le sous-sol de la maison sanglante jusqu’à la fin de mes jours.

J’ai attendu. Puis, je me suis relevée. Je ne voulais pas rester assise là. Il fallait que j’essaie de faire quelque chose. J’ai contourné les piles de boîtes pour explorer les lieux. Les rares fenêtres du sous-sol étaient verrouillées, et il n’y avait pas de porte qui pouvait mener à l’extérieur.

Immédiatement après avoir remarqué que le silence était revenu et que la radio avait cessé de jouer, j’ai sursauté en entendant quelqu’un dire mon nom. J’ai retenu mon souffle, comme pour mieux écouter. La voix, qui ne me semblait ni féminine ni masculine, a répété mon nom. Il ne s’agissait pas d’un appel, mais plutôt d’une sorte d’affirmation, calme et posée. Je savais que j’étais seule dans le sous-sol, et j’étais presque certaine qu’il n’y avait personne à l’étage. La voix immatérielle continuait de répéter mon nom, doucement.

J’ai voulu parler, crier, la supplier de se taire, mais j’en étais incapable. Ma gorge était sèche, et ma bouche refusait de s’ouvrir. Sans savoir pourquoi, je me suis approchée de la porte de la chambre froide. Il y avait peut-être quelqu’un, ou quelque chose, de l’autre côté. Je ne voulais pas savoir ce qui pouvait se cacher dans la chambre froide, mais j’avais l’impression de ne pas avoir d’autre choix que de regarder. Mon coeur se débattait avec frénésie et mes mains tremblaient tandis que je tournais la poignée, et que j’ouvrais la porte.

Ma bouche s’est ouverte dans un long cri d’effroi. La lumière du sous-sol s’est éteinte subitement, et mon cri aussi.